• Chapitre 1 - Survivre

     

    Il faisait froid. Le vent glacial transperçait son corps de part en part, comme une lame insidieuse qui explorait son corps sans son consentement. Duncan avait beau être emmitouflé dans un confortable anorak, la peur et la faim le faisait grelotter depuis des heures. Depuis combien de jours parcourait-il les routes pour se diriger vers le sud? Il n'en savait strictement rien. La notion du temps n'était qu'une chose abstraite. La seule chose qui importait, c'était sa survie.
    Observant l'horizon depuis quelques minutes, il regarda de nouveau le plan qui se trouvait entre ses mains gantées pour repérer son cheminement. C'est en soupirant de lassitude qu'il rangea de nouveau le bout de papier dans la poche intérieure de son anorak. Le soleil de midi brillait haut dans le ciel, mais la neige qui crissait sous ses bottes ne semblait guère vouloir disparaître. "Contrairement à l'être humain" pensa le jeune homme.

    Il y avait quelques semaines, Duncan avait dû fuir sa petite bourgade traversant une grande partie du Wisconsin. La folie s'était abattue sur ce petit village paisible et sans soucis. La mort avait élu domicile au cœur de la nuit. Personne n'avait vu qui avait attaqué, des centaines de familles avaient été fauchées au même moment. Sans aucune explication plausible. Chaque nuit, le phénomène recommençait de nouveau, laissant une trace macabre aux yeux des habitants à leur réveil. Alors, ceux qui furent encore vivants décidèrent de s'enfuir, croyant laisser derrière eux cette malédiction.
    Hors au fil de sa route, Duncan avait pu constater que le phénomène s'étendait bien au-delà du Wisconsin. Les cadavres empalés le long des routes étaient une preuve irréfutable ! Les théories fusèrent de la part des survivants : malédiction infernale, extraterrestres, virus mortel... Bref les théories du complot proliféraient à une vitesse folle ! Même les pays d'Europe avaient lâché les États-Unis, croyant probablement plus à l'épidémie. Plus aucun vol, de bateau... Rien. L'Amérique était redevenue comme à ses origines, inconnu de tous. Le nouveau monde était détruit...

    Duncan préférait oublier ses fugaces pensées, il devait maintenir le cap vers Chicago. Il avait entendu dire qu'un camp de rescapés avait posé ses bagages. Peut-être avait-il une chance de survivre en communauté ?
    La destination lui semblait si lointaine ! Il avait dû abandonner le SUV qu'il avait trouvé trois jours plus tôt par chance, l'essence lui faisant défaut. Les muscles de ses jambes étaient endoloris sous l'effort et le froid. Mais il devait continuer ou au moins trouver un abri avant que la nuit ne tombe, et avec elle la mort pour compagnie.
    Sa vie consistait désormais à dormir une partie de la journée et d'être éveillé la nuit, guettant le moindre bruit suspect. Un long frisson lui parcourut l'échine, pour se rassurer il passa son bras droit dans le dos, effleurant au passage le colt python noir de son père. Jusqu'à présent, il n'avait jamais dû l'utiliser. Il espérait qu'il en demeurait ainsi dans les jours, voir les semaines à venir.
    Duncan enfonça plus profondément son bonnet de laine noir sur sa tête, cachant la totalité de ses cheveux châtain. Ce n'était pas un homme très doué pour la survie... Jusqu'à présent, il se demandait encore comment avait-il réussi à fuir aussi loin. Ses parents... Cette pensée lui brisa encore un peu plus le cœur, l'image qui lui restait en mémoire était abominable. De la bile lui remonta soudainement de l'estomac. Non, il ne vomirait pas. Il inspira profondément pour chasser la nausée sous-jacente. Pourtant, cette image lors de son sommeil il ne pouvait pas la contenir, elle revenait à son esprit sans cesse. Il se réveillait toujours en hurlant, trempé de sueurs froides. Il secoua la tête pour chasser ses idées noires, se concentra davantage sur ses pas.
    C'est alors que son regard fut attiré sur la route devant lui. On pouvait y apercevoir une station service, mais ce n'était pas ce qui le troublait. Des traces de pneus traversaient la station pour continuer au-delà du champ de vision du jeune homme. Sachant qu'il neigeait depuis plusieurs jours en continu, ces traces étaient plus que récentes. Maintenant, il s'agissait de savoir ce qu'il comptait faire ? Etait-il risqué de suivre les traces de ce véhicule ? Est-ce qu'au contraire, ces traces allaient le mener vers le camp de rescapés ?
    Le souci étant que dans cette vie actuelle, il était difficile de faire confiance à autrui. Les conneries que vous lisez sur des récits post-apocalyptiques, où les vivants se battaient entre eux n'avaient jamais été aussi réalistes qu'aujourd'hui. L'humain était de nature violente, aussi bestial que les animaux. Mais son psychique en faisait une créature terrifiante.
    Le choix était cornélien pour Duncan. Il n'était pas de nature combative. S'il se jetait dans la gueule du loup, il n'en sortira jamais indemne. Mais s'il restait seul sur la route dans les jours à venir, sa mort finirait par le rattraper également. Alors, il se décida ! Il enfila de nouveau son sac sur ses épaules et reprit sa marche en suivant les traces vers une destination inconnue.

    Les heures défilaient trop rapidement au goût du jeune homme. Le soleil ne tarderait pas à se coucher, laissant place bientôt aux créatures de la nuit. Son regard chercha un quelconque abri, mais ne trouva rien d'autre que de la neige à perte de vue. Le froid rendait ses mouvements de plus en plus difficiles, sa progression ralentissait bien trop vite à son goût.
    Il distingua un peu plus loin sur la gauche un véhicule était à l'arrêt. Apparemment, il s'agissait de la voiture qui avait quitté la station service précédemment. C'était une Dodge Durango dans un état assez pitoyable. Il resta aux aguets quelques instants, écoutant tous les bruits aux alentours. Rien. Seul le pépiement des oiseaux se faisait entendre. D'un pas prudent, Duncan se dirigea vers la voiture. Sa main se positionna machinalement sur son colt, près à dégainer si quelqu'un tentait de l'attaquer.
    Sans crier gare, deux hommes armés sortirent des bosquets face à lui. Leurs fusils à pompe braqués sur son torse. Vu la distance qui les séparaient, il avait une chance de s'enfuir. La portée de ce type d'arme étant courte, il pouvait y arriver. Mais quand il se retourna deux autres hommes pointèrent leurs flingues sur lui. Et là, il s'agissait d'AK47, aucune chance de s'extirper de ce bourbier.
    Le jeune homme n'eut pas le temps de se poser d'autres questions ou de tenter une évasion, car il sentit une violente douleur à l'arrière de son crâne. Les ténèbres l'accueilli avec bienveillance.

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