• Chapitre 11 - Le danger provient des cieux

     

    Cela faisait plus de deux heures que le Humvee avalait des kilomètres de bitume gelé. Le groupe préférait continuer leur chemin jusqu’à la nuit tombée. Ils devaient à tout prix trouver un abri avant que les créatures ne les pourchassent encore.
                Julian était au volant, le serrant de toutes ses forces. La scène qu’ils avaient vécue quelques heures plus tôt hantait toujours son esprit. Son arme braquée sur ce traître… Seulement, il avait tiré à quelques centimètres de son visage. Il n’avait pas eu le cran de l’achever ! Au fond de lui, il se maudissait pour cela. Il était certain que ce fourbe viendrait de nouveau leur mettre des bâtons dans les roues dans un avenir proche.
                Machinalement, ses yeux fixèrent le rétroviseur où il put distinguer l’ex -pseudo-militaire endormi à l’arrière, sous la bonne garde de Kali. Considérant cette dernière, Julian de par son instinct de flic, savait qu’elle leur cachait quelque chose d’important. Depuis qu’elle était revenue de la tour radio, elle se comportait étrangement. Elle avait expliqué que Duncan avait su retrouver la trace de l’Ombre grâce aux fréquences radio. Une prouesse dont le jeune homme fut chaudement félicité. Mais la question qui demeurait était : « Pourquoi Kali s’échinait-elle à vouloir abattre l’Ombre ? ».


                Ainsi, ils se trouvèrent de nouveau sur la route en direction de Salt Lake City. D’après leurs calculs, il y en avait pour un jour, voire deux avec les créatures qui rôdaient autour d’eux. Tout à ses pensées, il ne faillit pas entendre l’ordre de Kali.

                – Arrêtons-nous ici.

                Il observa ainsi les lieux. Noyé au sein d’une épaisse couche de neige, une cabane décrépie y survivait malgré tout. Doucement, le quadragénaire gara le véhicule à proximité. Le groupe était sur leurs gardes. La nuit ayant pris l’avantage, tous se cramponnèrent à leur arme de poing.

                – Nous allons réellement passer la nuit ici ? murmura Lise.

                La quadragénaire était sortie de son état léthargique depuis qu’ils étaient remontés dans le blindé. Julian était soulagé, devoir la protéger sur la route aurait été plus compliqué. Ils ne pouvaient pas se permettre de relâcher leur vigilance.

                – Malheureusement, il n’y a pas d’autre solution, répondit Julian. Il n’y a pas d’habitation à proximité. On va devoir établir des roulements pour la garde.

                Tous hochèrent vivement la tête. Ils étaient prêts à se battre si nécessaire. C’était plaisant de voir que l’humain pouvait encore s’entraider, même si pour cela il devait se trouver au seuil de la mort.
                Ainsi, ils descendirent du véhicule avec prudence, observant avec attention les alentours. Tout paraissait calme, trop peut-être au goût de Julian. D’un pas rapide, ils se dirigèrent vers la bâtisse, puis se déployèrent autour pour inspecter le lieu. Aucune créature ne semblait s’être logée dans les ronces. Après un regard, ils refermèrent la porte derrière eux.
                Ils entreprirent une fouille expéditive de l’édifice. Évidemment, ils ne trouvèrent rien d’utile pour la suite du périple. La seule chose qui les réconfortèrent fut la cheminée qui paraissait encore tenir debout pour servir. Ils allaient pouvoir se réchauffer cette nuit, c’était une nouvelle plutôt plaisante. Julian se proposa machinalement pour aller chercher quelques morceaux de bois qui traînaient aux alentours. À sa grande surprise, Lise décida de l’aider dans sa tâche. Heureux de ce regain d’énergie chez la mère éplorée, Julian acquiesça avec joie.

                Une bourrasque glacée vint les accueillir dès qu’ils furent à l’extérieur. La neige tombait de nouveau abondamment, la progression vers Salt Lake City allait devenir périlleuse au cours des prochaines heures. Ils avancèrent en silence pendant plusieurs minutes, avant que Lise vienne troubler la quiétude dans un léger souffle.

                – Je suis navrée d’être restée sans rien faire pendant que vous risquiez tous vos vies.

                Julian ne se retourna pas, mais il l’écouta avec la plus grande attention.

                – Ne t’inquiète pas, Lise. Nous savons tous que la perte de... Jessie a été un choc épouvantable pour toi. Je suis l’une des personnes les mieux placées pour te comprendre. Je pense qu’à l’heure actuelle, nous avons tous perdu un être qui représentait toute notre vie.

                Après ses propres mots, Julian se tourna enfin vers sa camarade. Malgré les ténèbres, il pouvait distinguer très clairement les larmes qui brillaient au fond de ses yeux.

                – Tu es un homme extrêmement généreux. C’est... pourquoi je pense que tu es le seul qui puisse m’aider...

                Elle semblait l’implorer de toute son âme pour lui venir en aide, une supplique muette, mais qui avait une signification dramatique pour l’ex-policier. Combien de fois avait-il pu apercevoir ce regard désespéré ? Ce monde qui était désormais le leur, venait exacerber cette pression sur les épaules des plus faibles, ne désirant plus qu’une chose ici bas : la mort.
                Il n’avait pas pu l’accorder à un être abject qui pourtant le méritait amplement. Après tout, il était responsable du décès de Jessie. Pouvait-il ainsi donner la mort à une personne honnête et innocente comme Lise ? Non. Certainement pas.

                – Lise... Ce que tu me demandes est trop... merde ! Ce n’est pas raisonnable ! lui rétorqua-t-il plus fort qui ne l’aurait voulu.

                – Raisonnable ? Crois-tu réellement que nous vivons désormais dans un monde raisonnable ? Que me reste-t-il aujourd’hui ? La seule chose qui nous attend, Julian, c’est la souffrance : lente et douloureuse ! Tu le sais aussi bien que moi ! Or, contrairement à vous tous, je ne suis pas faite pour cela. La seule chose que je désire ardemment, c’est rejoindre mon mari et ma fille ! Je préfère périr de la main d’un ami que par un de ces monstres ! Cria-t-elle au bord de l’hystérie.

                – Si je consens à t’aider, Lise. Je commettrai un meurtre ! Et cela, je ne peux tout simplement pas l’imaginer. C’est hors de question.

                Pour mettre fin à cette discussion qui lui mettait les nerfs à rude épreuve, Julian lui tourna le dos, continuant la tâche pour laquelle il était sorti. Il entendit les bruits de pas de Lise qui s’éloignèrent vers la cabane. Brusquement, les cris de la femme retentirent aux alentours. Il fit volte-face rapidement, mais ce qu’il vit le déconcerta au plus haut point.


                Une sorte de créature ailée venait de s’abattre sur la quadragénaire, ses ailes noires immenses se fondaient à merveille avec les ténèbres environnantes. De forme humanoïde, elle était dotée de griffes proéminentes qui s’enfoncèrent dans la chair de Lise. Ses hurlements devinrent de plus en plus stridents, faisant sortir de la vieille cabane les autres survivants, armes à la main.  
                Un cri horriblement aigu d’outre-tombe surgi sur la droite du groupe, mais aucun œil humain arrivait à percevoir son propriétaire. Duncan eut juste le temps de se baisser pour éviter la créature.

                – C’est quoi ces trucs encore ?! vociféra-t-il.

                – Aucune idée, mais ils ont eu Lise, annonça Julian.

                Kali dégaina ses kukris, sachant que les balles ne seraient qu’une gêne dans ce combat contre des créatures invisibles. Un troisième hurlement vint rejoindre celui de ses congénères, telles des harpies, elles fondirent à nouveau sur le groupe. Megane poussa un cri d’effroi avant de se jeter sur le sol glacé, laissant une traînée de sang dans la neige.

                - Megane ! hurla Duncan.

                Il tombera à ses côtés, essayant de voir si ses blessures étaient graves. Mais la seule chose qu’il sentit n’était qu’une profonde griffe dans le bas de son dos. La jeune femme poussa un gémissement de douleur, avant de se relever péniblement.

                – Essayer de vous mettre à couvert, leur intima Julian. Je vais chercher les armes adéquates dans le Humvee.

                C’est d’un pas déterminé et tendu qu’il se dirigea furtivement vers le blindé. Même si Varek était un traître, il avait eu raison de prévoir des armes plus performantes. Le quadragénaire s’arrêta brusquement après avoir senti un frôlement dans son dos. Il effectua une roulade puis contourna le véhicule dans l’autre sens, faisant confiance à ses alliés pour le protéger.
                Arrivé à destination, il entreprit de déverrouiller une portière arrière pour attraper les objets de sa convoitise. Il récupéra une pair de jumelle de vision nocturne, ainsi que des lunettes à fixer sur les fusils d’assauts. Il se dépêcha à monter le tout avant d’avertir la future propriétaire. « La situation devient très compliquée, un entraînement adéquat pour les plus jeunes va être obligatoire » se promit l’ex-policier.

                – Kali ! Attrape !

                Il jeta le M-16 en direction de la jeune femme qui se précipita sur l’arme. Tous deux braquèrent simultanément leur arme vers le ciel. Deux immondes créatures volèrent autour de la cabane, prêtes à fondre sur Duncan et Megane accroupis dans la neige. Le regard de Julian dévia vers la troisième installé au-dessus de Lise. Le corps coupé en deux, la créature continua à s’acharner sur elle. Serrant les poings, il décida de l’abattre en premier. La rafale de balles ne tarda pas à se faire entendre au milieu de la cacophonie de hurlements monstrueux. La chose poussa des cris de douleurs, son corps fut parcouru de soubresauts, laissant dans la neige une traînée de liquide moribond. Il ne fallut que quelques secondes avant que cette dernière meure dans un éclatement sanglant.
                Kali tira en rafale sur les créatures qui continuaient à virevolter autour d’eux. L’une d’elles fut touchée, puis vint s’écraser dans un bruit sourd au milieu de la poudreuse. Julian braqua aussi tôt son arme vers la dernière, dans une parfaite synchronisation, le duo surentraîné parvint à achever le monstre qui s’effondra juste devant Duncan et Megane.

                – Dépêchons-nous de rentrer avant que d’autres bestioles arrivent, ordonna Julian.

                Personne ne se fit prier et pénétra dans la cabane. Personne n’était rassuré... Si des créatures venaient les attaquer, est-ce que la bâtisse tiendrait le coup ? Rien n’était moins sûr...

                – Bon sang ! Quelle merde ! hurla le quadragénaire.

                – Où est Lise ? demanda Megane avec difficulté, Duncan tentait de la soigner du mieux qu’il pouvait.

                Un silence s’abattit soudainement sur le groupe. Personne n’avait besoin de donner une réponse pour savoir ce qu’il était advenu de la mère éplorée. Julian aurait-il dû exaucer son souhait ? Elle venait de périr dans d’affreuses souffrances par une créature dont elle avait peur. Elle avait voulu mourir avec dignité, mais le destin avait préféré l’humilier jusqu’au bout. Lui prenant la seule chose qu’il lui restait encore, elle allait demeurer toute la nuit dehors, n’étant plus qu’un tas de chair sanglante.
                Un gémissement retentit alors dans le coin de la pièce, Varek venait de se réveiller. Les sens tourmentés, il tenta de rester debout malgré la douleur cuisante à l’arrière du crâne.

                – Putain ! On est où ?

                – Dans une cabane au milieu de nulle part, lui répondit Duncan.

                Son regard troublé parcourut le groupe d’un œil soupçonneux. Vu la mine défaite qu’affichaient les rescapés, il ne lui fallut que peu de temps pour comprendre la situation.

                – Que s’est-il passé ?

                – On s’est fait attaquer par des créatures volantes, rétorqua Julian.

                Il arma de nouveau son M-16 aux aguets, essayant de percevoir le moindre son à l’extérieur.

                – De mieux en mieux... grommela le traître.

                Il avait toujours les poignets attachés à l’aide d’une corde. Malgré sa réticence à le libérer, Julian alla le détacher. Il pouvait s’avérer utile s’ils subissaient une nouvelle attaque. Kali quant à elle n’avait pas prononcé le moindre mot depuis qu’ils étaient rentrés. Alors l’ex-policier tenta de la faire sortir de ses pensées. Il savait que quelque chose la tracassait depuis qu’ils s’étaient mis en route. Il était temps d’obtenir une réponse à cette interrogation.

                - Qu’est-ce que tu nous caches ? demanda-t-il de but en blanc.

                Les yeux bleus glacés vinrent s’accrocher aux siens. Il avait visé juste, elle leur dissimulait bien quelque chose
    .
                - Qu’est-ce que tu racontes ? interrogea Duncan. Pourquoi nous cacherait-elle quelque chose ?

                Mais seul le silence répondit à sa question. Après un profond soupir, l’étrange femme vêtue de cuir qui était venue les secourir dans le camp se mit enfin à répliquer à la question.

                – Tu as raison. Je ne vous ai pas tout raconté. Mais puisque nous formons un groupe, je pense qu’il est venu le moment où je vous avoue le véritable but de ce périple.

                Tous furent soudainement attentifs au moindre mot qui sortit de sa bouche. Le temps semblait s’être suspendu de lui-même, aussi avide que les rescapés de connaître la vérité sur l’histoire de cette étrange guerrière.

                – Je connais le responsable de ces horreurs, finit-elle par annoncer.

                – Quoi ?!

               
    – Il s’agit de mon frère jumeau, Kiran. À l’adolescence, il a été interné dans un hôpital psychiatrique à Salt Lake City. 

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