• Chapitre 3 - Le camp d'extermination

     

    Vite. Plus vite. Duncan suivait les pas de Julian qui martelaient le sol, un peu plus à l'avant. Il était plus simple pour lui de le suivre, car il connaissait parfaitement les dédales de cette bâtisse de la mort. Leur course se poursuivit dans des couloirs où chaque pas raisonnait à des kilomètres à la ronde. Il était évident qu'avec tout ce bruit, les créatures allaient les retrouver aisément !
    Une femme déboula alors face à eux, des larmes inondèrent son visage. Elle s'accrocha alors à la vieille veste en Jeans de Julian.

    • Pitié ! Aide-moi à retrouver Jessie ! supplia-t-elle.

    Duncan ne cessait de jeter des regards effrayés par-dessus son épaule, de peur de finir déchiqueté. Julian touché par la douleur de la jeune femme, lui répondit calmement :

    • Ne t'inquiète pas Lise, je vais la retrouver. En attendant, cache-toi en lieu sûr !

    La jeune femme ne pouvait se résigner à laisser sa fille seule au milieu des créatures, mais elle hocha la tête fébrilement. Tandis que Julian pris de nouveau Duncan par le bras, pour lui expliquer la situation.

    • Je vais tenter de retrouver la petite, quant à toi essai de trouver un conduit d'aération.

    Le jeune homme écarquilla les yeux de surprise.

    • Tu crois vraiment que cela va les arrêter ?
    • Crois-moi ! Vu ton gabarit, tu pourras facilement te faufiler à l'intérieur. Tandis que leurs corps ne peuvent pas se permettre ce petit tour de passe-passe. Alors file ! Maintenant !

    Il le poussa violemment dans le couloir pour le persuader de fuir immédiatement, avant que les créatures fassent leur apparition. Duncan se mit à courir de nouveau, la peur au ventre comme chaque nuit. Ses yeux essayèrent de s'habituer à la semi-obscurité, seul le halo de la lune parvint à traverser les lucarnes de cette bâtisse. L'obscurité était plus présente que la lumière.
    On avait tenté au fil de son enfance de le rassurer, de lui dire que les monstres en-dessous du lit ou au fond du placard n'existaient pas. Le résultat prouvait bien le contraire, la nuit était propice à les dissimuler aux yeux des hommes. Que pouvait-il croire désormais ? Le monde était proche du chaos.
    Alors, il fuyait. Fuir, car sa vie en dépendait. Après tout, il se devait de survivre, pour son père, pour sa mère et toute sa famille qu'il avait perdue au sein d'une nuit d'horreur. La fuite était la seule chance vers un avenir, qui semblait pourtant incertain à l'heure actuelle.

    Au bout de quelques mètres, le jeune homme entendit des sanglots. Il suivit leur direction et tomba sur une petite ombre recroquevillé contre un mur au détour d'un couloir. Elle devait être blonde, car ses cheveux étaient plus clairs que le reste, donnant un effet bleu luminescent au cœur des ténèbres. Il se remémora la conversation entre Julian et Lise. Alors, il murmura du bout des lèvres :

    • Jessie ?

    La petite fille releva le menton dans sa direction. Duncan lui sourit tendrement et tendit sa main vers elle. L'enfant se releva alors, le sourire parcourant son visage rond. Heureuse qu'une âme charitable vienne à son secours. Jessie devait avoir huit ans, Duncan sentit son cœur se serrer face à ce constat. Elle était trop petite pour vivre dans un monde aussi cruel, trop petite pour voir les horreurs qui se déroulaient dans ce lieu maudit toutes les nuits.

    Sans crier gare, une énorme griffe transperça le corps frêle de la petite fille, laissant une traînée rougeâtre derrière elle. Son corps avait disparu du champ de vision du jeune homme. Trop effaré parce qu'il venait de voir, il resta immobile durant quelques secondes avant que les cris de Jessie ne le ramène à la dure réalité. Elle était morte. Duncan aurait voulu pouvoir courir derrière elle pour la sauver, mais il savait qu'il était déjà bien trop tard. Alors, le lâche qu'il était se mit à courir pour s'enfuir hors de la portée de la créature. Fuir, voilà tout ce dont il était capable...

     

    * * *

     

    Julian frôla les murs de ses mains pour tenter de trouver le chemin qu'il convenait le mieux. Il avait beau avoir effectué ce trajet depuis plusieurs nuits, par moment il arrivait encore à s'égarer au cœur de ce labyrinthe.
    Depuis qu'il avait quitté son ancien foyer, Julian n'avait eu de cesse de se battre pour sa survie. Mais le kidnapping, il n'avait pas su l'éviter. Ces hommes étaient trop nombreux et très bien armés pour tenter une fuite. Cela faisait maintenant cinq nuits qu'il se trouvait dans ce lieu de perdition, il avait eu de la chance jusqu'à maintenant d'être toujours vivant. Mais il savait que son tour viendrait tôt ou tard...
    Ses pas le menèrent à proximité d'un local, où s'entassaient divers détritus. Habituellement, Julian ne passait jamais par ce couloir, car les endroits pour se cacher étaient trop rares. Mais il se disait que Jessie avait pu s'égarer dans ce couloir, qui était à proximité de la pièce de vie. Marchant prudemment, l'homme s'arrêta soudainement, quand il entendit un raclement au sol à quelques pas de lui.
    Plusieurs choses se passèrent simultanément, des cris au premier étage, puis des bruits de pas qui arrivèrent dans sa direction avec une supplique de lui venir en aide. Il se retrouva alors face à un homme de son âge qui était arrivé la veille. Or le temps de lui venir en aide, une immense griffe pourfendit en deux le pauvre homme aux abois. Ses yeux étaient encore écarquillés d'effroi, sous le choc, quand son corps retomba mollement sur le béton. Les yeux de Julian se dirigèrent machinalement vers la créature qui se trouvait derrière sa victime.
    Réagissant immédiatement, il se retourna pour foncer vers le local à ordure. Les cris gutturaux de la bête étaient déjà trop près de lui, mais il parvint au dernier moment à fermer la porte en métal derrière lui. Tentant de la maintenir close avec son corps, il entreprit de chercher un objet assez lourd pour la maintenir close. Rien. La bête s'échinait toujours derrière la porte, où ses grondements se faisaient de plus en plus enragés. La mort était là, elle n'attendait qu'un seul faux pas.

     

    * * *

    Des cris provenaient de tous les côtés, Duncan ne savait plus dans quelle direction se diriger pour être en sûreté. Sachant de plus qu'une créature était sur ses talons, il entendait parfaitement ses griffes qui percutaient le béton. Alors, il courait aussi vite qu'il le pouvait, mais cette fichue bestiole était bien plus rapide que lui !
    De rage, il tourna rapidement dans le couloir de gauche. Il devait trouver un quelconque moyen de se cacher ou de se battre désespérément pour la dernière fois de sa vie. Enfin, une issue se profila dans son champ de vision ! Elle était là, face à lui ! La bouche d'aération ! Il ne lui fallut que quelques secondes pour courir plus vite dans sa direction, d'arracher la grille et de sauter pour tenter d'entrer dans le conduit. Ses pieds s'acharnaient sur le mur pour essayer de le hisser plus haut. A cet instant, il sentit une griffe qui lui frôla le mollet. D'un geste désespéré, il arriva enfin à l'intérieur du conduit.
    La créature hurla de mécontentement, mais introduisit son immonde gueule à l'intérieur de la bouche d'aération. Cependant, pour la première fois depuis que ce cauchemar s'était produit, il voyait une de ces créatures de près. Sa peau était moribonde, noire et suintait un étrange liquide. Ses yeux étaient rouges de haine, laissant entrevoir dans la nuit des crocs surdimensionnés, dont la bave s'échappa en écoulement fétide. Cette créature sortie tout droit des enfers essayait tant bien que mal de s'introduire dans la gaine d'aération, mais son corps trop volumineux ne parvint pas à réaliser son désir. Elle se mit à hurler, hurler jusqu'à ce que Duncan ne puisse plus supporter ce regard, ces sons et cette odeur. Il ferma les yeux et posa ses mains sur ses oreilles. Priant que le jour vienne dissiper ce cauchemar.

     

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