• Chapitre 4 - Une nuit en enfer

    Ses forces commencèrent peu à peu à l'abandonner. Julian ne savait plus depuis combien de temps la créature s'acharnait sur la porte. Vu l'état dans laquelle elle se trouvait, cela devait faire peu de temps. Un laps de temps beaucoup trop long au goût du quadragénaire... A un moment ou un autre, il finirait par ne plus savoir la maintenir et cela signerait son arrêt de mort.
    D'un énième coup d'œil, il tenta de trouver un objet qui pourrait lui sauver la vie. Mais rien n'était apparu dans ce court laps de temps écoulée. Il sut que sa vie ne faisait que se raccourcir davantage. De toute façon, depuis qu'il se trouvait ici, il avait perdu toute certitude. Il avait beau tenter de survivre, la mort était la seule issue. Certes, elle n'était peut-être pas la plus enviable, mais elle avait le mérite d'exister.


    Après l'horreur des jours précédents, Julian se demandait encore pourquoi il continuait de vivre. Il avait perdu sa femme et son futur "enfant". Un enfant qu'il n'avait pas eu la chance de connaître, qui n'avait pas connu ce monde. Cela avait quelque chose de rassurant en soi, comment aurait- il pu survivre pour deux ? Il n'y avait plus que lui. Lui et les monstres qui apparaissaient chaque nuit pour réduire encore un peu plus la population. Annihiler toute once d'espérance qui restait chez l'être humain. Qui était assez diabolique pour créer ce plan de destruction massif ?
    Plongé dans ses mornes pensées, Julian ne s'était pas aperçu que la créature ne se trouvait plus derrière la porte. Intrigué, il tendit l'oreille pour écouter le moindre bruit suspect provenant de l'autre côté. Rien. "Etrange" pensa-t-il. Habituellement, ces monstres n'abandonnaient jamais leur proie tant qu'elles étaient vivantes. Alors, pourquoi ? Devait-il prendre le risque de sortir de cette pièce ? Etrangement, il n'avait pas envie de savoir ou même de comprendre. Mais ici, il n'était pas à l'abri non plus. Si une créature revenait et tentait de forcer le passage, il ne résisterait pas longtemps. Il était totalement épuisé à cause de l'assaut précédent. Un second assaut n'était pas envisageable !


    Alors, il tenta de réfléchir à une autre solution. Il essaya de visualiser les accès possibles pour tenter une sortie. Il allait devoir parcourir plusieurs mètres avant d'être sain et sauf. Pouvait-il seulement y arriver ? Combien de monstres rôdaient dans les couloirs ? Julian soupira de lassitude. "L'idéal serait de casser la gueule de ces pseudos-soldats et de les donner à bouffer à leurs chiens de gardes" murmura-t-il tout bas.
    Prenant son courage à deux mains, il se releva et entrouvrit légèrement la porte. Tout paraissait silencieux dans cette semi-obscurité. Aucun cri, aucun raclement quelconque. Faisant preuve de souplesse, il se glissa par l'entrebâillement de la porte, pour se retrouver au milieu du couloir. Toujours aux aguets, il tenta d'entendre quelque chose, mais rien ne lui parvint. C'est d'un pas léger qu'il avança prudemment dans les ténèbres, une main frôlant le mur à sa droite pour mieux se guider dans la bâtisse.
    Quand il arriva à une intersection, un raclement lugubre se fit entendre dans le couloir de gauche. Sous l'angoisse, sa respiration se fit de plus en plus haletante. Un deuxième raclement... Prenant une profonde inspiration, Julian se mit à courir droit devant lui, intimant à son corps d'aller au-delà de ses limites. Derrière lui, les coups de griffes sur le béton progressèrent dangereusement. "Ne te retourne pas ! Ne te retourne pas" murmura-t-il.


    Julian vit enfin les escaliers qui lui faisaient face. Dans un élan désespéré, il sauta au-dessus des deux premières marches et se réceptionna à la rambarde d'acier avant de poursuivre son chemin. Seulement la créature, beaucoup plus agile que lui, bondit par-dessus sa tête. Elle lui faisait face, la gueule entrouverte, laissant de l'écume et du sang dégouliner sous son corps musculeux. Ses grognements gutturaux se répercutèrent autour de Julian, comme une lugubre mélodie. Les yeux rouges de la créature le fixèrent avec une irrépressible envie de goûter à sa chair tendre.
    Alors, l'évidence le frappa de plein fouet. Il allait mourir. Là, ici au milieu des escaliers d'un camp de la mort, tenu par des cinglés. Qu'avait-il à perdre ? Il avait déjà tout perdu ! Il allait enfin pouvoir retrouver sa famille. Décidé, il se résigna. Si la créature désirait le déchiqueter et bien qu'elle le fasse ! La mort était sans doute plus douce que de vivre encore ici, à voir des horreurs toutes les nuits. Julian ferma alors les yeux, inspira une dernière bouffée d'oxygène. Il attendit fébrilement son trépas.

    * * *

    Son souffle se faisait de plus en plus rauque, au fil de son avancée. Le conduit d'aération était vraiment étroit. Malgré son corps longiligne, Duncan avait du mal à progresser dans cet endroit exigu. Le jeune homme pouvait encore entendre au loin, les cris bestiaux de la créature, enragée de laisser s'échapper sa proie. Intérieurement, Duncan remerciait Julian pour cette idée ingénieuse. Grâce à lui, il était en sûreté !
    Il déboucha enfin sur une grille. Après avoir jeté un rapide coup d'œil, il aperçut une sorte de chambre. Le silence semblait total, après une profonde inspiration, il retira la grille pour se glisser dans l'ouverture. Le jeune homme se réceptionna tant bien que mal, avant d'observer son nouvel environnement. La chambre était spartiate : un matelas poisseux traînait dans un coin de la pièce, une fenêtre laissait filtrer quelques rayons lunaires. L'avantage de ce lieu, c'est que la porte était en métal et pouvait être barrée à l'aide de plusieurs planches prévues à cet effet. Duncan s'empressa aussitôt d'utiliser le système du locataire pour obstruer la porte.


    A cet instant, il sut qu'il pouvait se laisser aller à sa douleur. Il glissa le long de la porte, où les larmes commencèrent à perler sur ses joues. Jamais, il n'arriverait à survivre longtemps. Il était trop froussard pour cela, aucun courage... Jusqu'à aujourd'hui, il n'avait fait qu'utiliser les opportunités qui s'offraient sur son passage. Sans la chance, il serait mort le même soir que ses parents. " Tu n'es qu'un gros lâche!" se maugréa-t-il. L'image de la petite fille était encore vivace dans son esprit, il n'avait même pas pu la sauver ! Elle avait eu confiance en lui pourtant... Une erreur que la jeune Jessie avait payée de sa vie.
    Duncan ne contrôlait plus ses larmes, elles se transformèrent bien vite en sanglots. Il se mordit le poing pour étouffer ses cris qui étaient sur le point de jaillir de sa gorge. Quelle horreur allait-il devoir affronter au petit matin ? Qui se trouverait empalé sur les piquets entraperçus dans la cour ? Que lui ferait subir les pseudo-militaires durant la journée ? Autant de questions auxquelles, le jeune homme n'était pas pressé de découvrir la réponse.
    Étant dans un état mental extrêmement fatiguant, Duncan finit par s'endormir contre le mur. Ses rêves furent inondés de créatures morbides qui ne cessaient de lui arracher des morceaux de sa chair, jusqu'à ce qu'il pousse un dernier cri de douleur.

    * * *

    Rien. Aucun impact de douleur, aucune morsure, plus aucun bruit. Julian ouvrit de nouveau les yeux. La créature s'était totalement évaporée ! Pourquoi ? C'était bien la première fois que cela se produisait. Jusqu'à maintenant, elles s'étaient toujours montrées virulentes avec les êtres humains. Pourquoi quand il était sur le point de renoncer, de lâcher prise, la créature l'avait laissé vivre ? Tout cela n'avait aucun sens !
    L'homme ne se posa pas davantage de questions. Il enjamba les dernières marches avant de courir précipitamment dans le couloir. Pour le moment, le plus important était de se mettre à l'abri. Il déboula dans l'aile où des chambres avaient disposées pour les "locataires". Courant sans se retourner, il ouvrit la première porte pour enfin se barricader derrière cette protection de métal.
    Après avoir positionné les barrières, Julian se laissa glisser au sol. Totalement éreinté par cette course-poursuite infernale, il n'arrivait plus à réfléchir correctement. Sa survie était pourtant exceptionnelle ! De lassitude, il se dirigea vers le matelas miteux pour s'y laisser tomber mollement. La fatigue ne tarda pas à l'emporter pour le protéger de l'horreur des ténèbres environnantes.

    * * *

    L'aube se leva doucement, comme si l'horreur de la nuit n'avait jamais existé.Pourtant, les vestiges au sein du camp subsisteraient dans les mémoires collectives durant la journée, pour accentuer l'angoisse de la prochaine nuit.
    Derrière un immeuble à proximité, une jeune femme observait le camp de la mort derrière ses lunettes de soleil. Laissant échapper la fumée de sa cigarette de ses lèvres charnues, elle esquissa un sourire carnassier. Bientôt elle pourrait passer à l'action !
    La jeune femme abandonna son mégot dans la neige, de sa botte elle vint l'écraser sans ménagement. D'un dernier regard, elle fixa la sinistre bâtisse avant d'enfourcher sa moto et de disparaître jusqu'à la prochaine nuit.

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