• Chapitre 5 - Sanglante réalité

     

    Les rayons du soleil filtraient paresseusement à travers les épais nuages de l'hiver. Étendu sur le matelas miteux, Duncan émergea de son sommeil sans rêves. Malgré les atrocités de la nuit, le jeune homme n'avait fait aucun cauchemar. Seules les ténèbres avaient été omniprésentes dans sa conscience.
    Pourtant, quand ses paupières s'entrouvrirent fébrilement, l'horreur de la veille vint le submerger. Alors, il se recroquevilla sur lui-même, laissant ses larmes couler sans aucune retenue. Il allait malgré cela devoir faire face au spectacle monstrueux qui l'attendait dans la cour.

    Lentement, il tenta de se relever, mais le froid avait engourdi son corps. Il se frotta les bras et les jambes vigoureusement pour essayer de faire circuler son sang. De la vapeur s'échappa entre ses lèvres gercées, il ne tarda pas à claquer littéralement des dents. Il devait bouger pour se réchauffer. Après plusieurs tentatives infructueuses, Duncan parvint enfin à se relever. Sa main se dirigea machinalement vers la barrière en bois qui maintenait la porte close. Il la déverrouilla puis passa la tête dans le couloir. Des personnes étaient déjà réveillées et vagabondaient dans le corridor, se rendant aux étages inférieurs.

    A cet instant, le jeune homme aperçut un pseudo-militaire, équipé d'un fusil d'assaut. Ce dernier attendait patiemment au bout du tunnel. Il faisait des signes pour inciter les gens à descendre. Comme un mouton qui suit le berger, il emboîta le pas aux autres personnes qui filaient en direction de la fameuse cour.
    Sauf que l'image qui lui sauta aux yeux était plus sanglante que l'écran géant qui trônait en arrière-plan, face à lui des poteaux de bois immenses dominaient l'extérieur. Or dans son souvenir, il n'y en avait que quatre. Pourtant, ce matin il y en avait quatre de plus. Ce qui brisa davantage le cœur de Duncan, fut le violent rappel de sa lâcheté... Le petit corps de Jessie était empalé comme les autres sur ces pieux de fortune. Une plaie béante se trouvait encore dans son cou, à l'endroit exact où la créature l'avait mordu. Ses yeux vitreux le fixèrent, l'accusant silencieusement de la torture qu'elle avait subie durant cette nuit de terreur. Sa mère était au pied du piquet, hurlant son désespoir à la vue de tous. Les pseudo-militaires se gaussaient d'elle sans aucune retenue.
    Duncan sentit alors une main se poser sur son épaule avec douceur, il tourna son visage blême pour se retrouver face à Julian. Sa poigne se renforça pour lui signifier qu'il compatissait à sa douleur. Personne ne pouvait s'habituer à l'horreur ! Ses cadavres exposés devant eux avec une telle violence étaient abject. Un homme était totalement éventré, laissant ses boyaux se déverser sur le sol gelé. Une autre personne était décapitée, sa tête reposait sur la pointe du pieu comme un avertissement. Mais qui avait-il à craindre ? La mort semblait être la seule chose que l'homme mystérieux désirait ! Avait-il réellement un but ou était-il seulement un tueur de masse ? Duncan se doutait que sous cette tragédie, il n'y avait rien à comprendre.

    L'homme qu'il avait aperçu la veille se tenait sur une estrade placée ostensiblement sous l'écran géant. Il pouvait discerner une certaine satisfaction face au spectacle macabre. Comme hier, il portait toujours ses lunettes de soleil qui lui dissimulaient ses yeux. Sa prestance de chef était indéniable, c'était lui qui contrôlait ses hommes. Devant cette assemblée, il se mit alors à faire un discours.

    - Comme vous pouvez le constater mes chers amis, le nombre de morts augmente de nouveau.

    Il fronça les sourcils, puis commença à faire les cent pas le long de l'estrade.

    - Ce qui est vraiment fâcheux, il faut bien l'avouer ! Vous êtes ici, pour que mes hommes et moi-même puissions échapper à ce carnage. Or, si le nombre augmente, il va nous falloir chercher davantage de bétail.

    Ses hommes de main mirent à ricaner dans la cour, suite à sa remarque.

    - Ce soir, une nouvelle nuit débutera et avec elle, huit nouvelles morts. « L'Ombre » se fait de plus en plus gourmande, apparemment. J'espère que vous allez profiter de vos derniers instants paisibles ! Ce sera tout.

    Il fit demi-tour pour descendre les quelques marches, il murmura quelque chose à un autre garde avant de se retirer dans ses quartiers. D'autres pseudo-militaires se regroupèrent, certainement pour partir en expédition.

    Julian entraîna alors le jeune homme à l'écart pour discuter plus tranquillement. Dans ses yeux, l'inquiétude revint à la charge.

    - Tu as été blessé ? Demanda-t-il.

    Duncan qui jusqu'ici avait totalement oublié la blessure à sa jambe, sentit brusquement la douleur sourde remonter à la surface.

    - Rien de grave, j'ai seulement une égratignure à la jambe. Et toi ?

    - Je n'ai rien. Suis-moi, je vais tout de même vérifier ta blessure, voir si elle est superficielle.

    Tous deux retournèrent à l'intérieur, portant sur leurs épaules peu d'espoir de sortir vivants de ce mauvais rêve. Que leur restait-il désormais ? Existait-il un Dieu qui pouvait intervenir ? Étaient-ils réellement abandonnés du monde ? Tant de questions qui allaient demeurer à jamais enfouies en eux.

     

    * * *

     

    Appuyé contre son bureau, Varek observa les écrans de contrôle. Les prisonniers avaient perdu toute combativité, ils étaient résignés à mourir, lui-même craignait pour sa vie. Le fait d'amener des survivants dans ce lieu était une très bonne idée au départ, mais aujourd'hui le nombre de morts ne cessait de croître de façon inquiétante. Il était certain que ses hommes et lui finiraient également par passer l'arme à gauche. Pourtant, il ne pouvait pas se résigner à crever comme une bête de somme !
    Il retira ses lunettes de soleil, se pinçant l'arrête du nez pour tenter de trouver une solution. Il avait beau réfléchir depuis des semaines, seul le regroupement des survivants avait fonctionné. Aujourd'hui, une nouvelle étape avait été franchie. Varek devait à tout prix éradiquer « L'Ombre ». Comment retrouver cet assassin ? Il ne voulait aucunement devenir un héros, il voulait simplement sauver sa peau. La survie était tout ce qui lui importait. Peu importe le prix à payer, le sang à faire couler ou les cadavres qu'il laisserait derrière lui.

    La porte de son bureau s'ouvrit avec fracas, laissant apparaître un homme chauve et musclé dans l'embrasure.

     - J'attends vos ordres, Chef !

    Impassible, Varek ne daigna même pas se retourner pour faire face à son soldat.

    - Organise les patrouilles, il en faut une de plus qu'habituellement pour augmenter le nombre de prisonniers. Je ne sais pas combien de temps notre survie va continuer. Vous allez également rouler le plus loin possible du campement, il devient difficile de trouver des gens dans le coin.

    - A vos ordres, Chef ! Et si nous tombons encore sur la fille ?

    - Achevez-la une bonne fois pour toutes ! Cette pute commence à me taper sur les nerfs ! Maintenant, dégage Shark.

    L'homme ne se fit pas prier et retourna auprès des autres soldats. « Shark » commença à établir le périmètre de recherche, ainsi qu'à créer les différentes patrouilles de la journée. Il devait à tout prix trouver des survivants, s'il voulait rester dans les bonnes grâces de Varek. Soudain, il pensa à cette femme en cuir qui voyageait à moto depuis des jours. La douleur de la blessure qu'elle lui avait infligée à l'épaule était encore fraîche dans sa mémoire. Il espérait pouvoir obtenir sa vengeance aujourd'hui. Elle n'allait pas lui échapper une seconde fois !

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