• Chapitre 9 - Sombres souvenirs

     

    L'aube venait de poindre sous la couche épaisse de nuages. Les survivants de cette nuit cauchemardesques étaient éreintés, la plupart étaient même blessés. Kali était au volant, se laissant guider par Varek. Ce dernier connaissait mieux la région, pouvant ainsi indiquer où se trouvait cette fameuse tour de réception radio. Les jeunes s'étaient finalement assoupis, de même que Lise. Seul Julian restait éveillé observant l'horizon sans réellement le voir, enfermé dans ses pensées.
    D'après les descriptions du pseudo-militaire, la tour devait se trouver à quelques kilomètres du camp. Il allait encore devoir parcourir la route pendant près d'une heure avant d'arriver à destination. Par chance, ils avaient plusieurs jerrycans dans le véhicule. Ils n'auraient ainsi pas besoin de faire une halte pour siphonner de l'essence.
    Au fond d'elle, Kali craignait le pire. Elle avait peur de découvrir la vérité, même si son cœur lui soufflait qu'elle connaissait déjà la réponse à ses interrogations. Depuis le début de ce cauchemar, elle savait qui était le responsable. Elle voulait encore se donner un peu l'illusion, rester dans l'incertitude. Angoissée, elle crispa ses mains sur le volant. Sa vie avait viré au drame au fil des années, mais le pire fut durant son adolescence. Sa mère avait rejeté sa propre famille, les laissant se débrouiller seuls. Aujourd'hui, elle se devait d'être forte pour accomplir un geste qui pourtant lui briserait certainement le cœur.

    * * *

    La peur lui tenaillait le ventre, caché dans la cave comme son père lui avait ordonné. Pourtant l'angoisse d'être découvert au fin fond de sa cachette, le terrorisait malgré tout. Pourquoi n'étaient-ils pas venus le rejoindre ? Ils auraient ainsi pu tous se mettre à l'abri ! Peut-être auraient-ils pu tous survivre ? Cela faisait trop de « peut-être »...
    Il ne savait plus depuis combien de temps il était terré ici, des minutes ou des heures ? Dans la pénombre, il n'avait plus aucun repère. Quelqu'un finirait-il par le retrouver ?

    Duncan était perdu au milieu de ses divagations, quand il entendit des bruits de pas marteler le sol au-dessus de lui. Il sentit de la poussière provenant du plafond lui tomber sur le visage. Les cris de ses parents retentirent, suivis de près par des détonations qui percèrent la quiétude de la nuit. Subitement, le silence s'abattit sur la demeure. Alors, il attendit. Mais cette attente fut rongée par la crainte d'avoir perdu ses parents. Les remords ne tardèrent pas à poindre à leur tour avec violence. N'y tenant plus, Duncan se décida à sortir de l'ombre. Il se glissa lentement dans les escaliers bétonnés de la cave, tachant de faire le moins de bruit possible. Sa main rencontra la poignée, il hésita quelques secondes avant de la tourner doucement. La porte s'entrouvrit dans un grincement sinistre, dont l'écho se répercuta dans la maison silencieuse.

    La cuisine était submergée par un halo lumineux, le soleil était de retour. Il avait chassé les ténèbres de la veille, laissant malgré tout dans son sillage un cauchemar sans nom. Duncan se glissa par l'entrebâillement de la porte, observant lentement la cuisine. Des ustensiles jonchaient le sol, confirmant qu'une bataille avait eu lieu dans cette pièce. C'est à cet instant qu'il vit les gouttes de sang sur le carrelage. Fébrile, il suivit pourtant les traces qui le conduisirent jusqu'au salon.
    L'esprit du jeune homme eut beaucoup de mal à assimiler ce qu'il voyait, la scène n'était qu'une œuvre sanglante et barbare. Le corps de sa mère se trouvait avachi sur le canapé, dépossédé de sa tête qui avait roulé à quelques mètres près de la table basse. Quand son regard dévia sur la droite, il vit le cadavre de son père sur le sol. Totalement éventré, les viscères s'étaient écoulés sur le parquet. Un bras se trouvait à l'autre bout de la pièce, au creux de sa main, Duncan reconnut le Colt Python.
    Il se laissa tomber sur le plancher, les larmes qui ruisselaient sur son visage figé dans la douleur. Pourquoi avait-il écouté son père ? Pourquoi n'avait-il pas eu assez de courage pour essayer de sauver sa famille ? Il n'était qu'un lâche ! C'est dans un cri déchirant qui laissa s'échapper son désespoir.

     

    Duncan sentit une main se refermer sur son épaule, quelqu'un l'appelait en le secouant vigoureusement, tentant de le sortir de sa léthargie. Ses paupières s'entrouvrirent péniblement, il distingua alors le visage de Megane.

    – Tu nous as fait une belle frayeur ! Tu t'es mis à hurler, comme-ci un monstre était occupé à t'écharper.

    – Merci pour l'image, grogna le jeune homme.

    Il essaya de se redresser du mieux qu'il pouvait, son corps s'était engourdi lors de son sommeil. Avec le cauchemar qu'il venait de revivre, il était désormais totalement éveillé. Il serait difficile d'espérer sombrer dans un doux repos.
    Son regard parcourut l'horizon qui défilait sous ses yeux.

    – Nous sommes encore loin ?

    – Une demi-heure, tout au plus, lui répondit Kali.

    Megane le fixait toujours intensément. Curieuse, elle ne put s'empêcher de lui demander la raison de ses cris.

    – De quoi as-tu rêvé ?

    – De mauvais souvenirs, murmura-t-il du bout des lèvres.

    Il ne pouvait pas avouer sa lâcheté, celle qu'il essayait en vain de garder enfouie au plus profond de lui. Machinalement, il serra les mâchoires.

    * * *

    Les minutes passèrent dans un silence de mort. Personne n'osait venir troubler le calme qui s'était instauré dans le véhicule. Pourquoi tenter de s'exprimer ? Il n'y avait rien à dire sur l'horreur qu'ils avaient vécue au sein de ce camp de la mort. Même s'ils pouvaient reporter la faute sur le chef assis tranquillement du côté passager, ils savaient qu'ils n'étaient pas encore sauvés. Ils étaient juste des morts en sursis. La seule chose qu'ils ignoraient, c'est quand la faucheuse allait venir.

    – C'est ici, indiqua Varek.

    En effet, au loin ils pouvaient apercevoir une vieille tour rouillée. Kali manœuvra dans cette direction, puis se stationna à proximité.

    – OK, annonça Kali. Restez aux aguets, on ne sait jamais. Julian, je compte sur toi pour garder notre ami à l'œil.

    Un sourire rempli de promesses vint s'afficher sur le visage du quadragénaire. Il attendait un seul faux pas de la part de l'ex-dictateur pour lui mettre une balle en pleine tête. Varek dut s'en rendre compte, car malgré son calme apparent, il utilisa l'humour pour désamorcer la situation.

    – C'est sympa de me laisser ma baby-sitter ! Je n'ai pas droit à une arme à la place ?

    – Tu peux toujours rêver, enfoiré, rétorqua Julian.

    Tout le monde sortit du véhicule blindé, observant les lieux à la recherche d'une quelconque menace. Kali fit un signe de tête vers Duncan pour qu'il lui emboîte le pas. Megane se chargea de la sécurité de Lise. Cette dernière était toujours prostrée dans le Humvee, en état de choc. Julian quant à lui, était heureux de veiller sur l'ex-militaire.

    Le jeune homme suivit sa complice en avançant doucement, écoutant chaque bruit aux alentours. À proximité de la tour de réception, une vieille bâtisse leur faisait face. Armes aux poings, ils se dirigèrent machinalement vers elle. Kali se positionna contre le mur, la main suspendue au-dessus de la poignée. Elle fixait Duncan, attendant son approbation. Ce dernier hocha doucement la tête pour lancer l'assaut. D'un mouvement rapide, la jeune femme ouvrit lentement la porte, puis se baissa promptement pour rester à couvert. Duncan la suivit de près, ses yeux tentèrent de s'habituer à la semi-obscurité de ce nouvel environnement. L'endroit semblait abandonné depuis plusieurs années, une tonne de poussière parsemait les lieux. Kali se dirigea directement sur une porte au fond de la pièce à droite, elle réitéra l'opération, disparaissant au regard du jeune homme pour examiner la chambre à coucher. Quand elle revint, elle annonça d'un ton posé :
    – Rien à signaler.

    Duncan rengaina son arme, s'apprêtant à fouiller l'endroit plus attentivement.

    – Qu'est-ce qu'on cherche exactement ?

    La jeune femme était déjà occupée à inspecter les papiers sur le bureau, puis s'intéressa à la radio elle-même.

    – Un moyen de savoir d'où proviennent les annonces de l'Ombre. On sait qu'elles passent forcément par cette tour de réception.

    – Tu t'y connais ?

    Kali soupira bruyamment avant de répondre d'un ton las.

    – Malheureusement, non.

    – Laisse-moi essayer, demanda Duncan.

    Il se dirigea alors vers la radio, puis se mit à manipuler l'appareil présent dans la pièce. Ses gestes semblèrent précis, puis il chercha parmi les divers papiers qui jonchaient le bureau et le sol.

    – OK. Il s'agit d'une antenne relais. On peut certainement retracer les communications qui sont passées par elle. Pour cela, celui qui transmet ces annonces connaît forcément les fréquences utilisées par l'antenne relais. Si l'on retrouve le dernier terminal qui a eu recours à la fréquence de la radio, on pourra le localiser facilement.

    Kali observait le jeune homme d'un regard abasourdi par ses explications qui tenait pour elle d'une langue étrangère.

    - Tu caches bien ton jeu ! dit-elle en riant.

    – Disons que j'étais doué dans le domaine des sciences technologiques, répondit-il le sourire aux lèvres.

    – Je te laisse gérer dans ce cas.

    Soudainement, Duncan se trouvait utile. Jamais, il n'aurait pu croire que ses connaissances dans ce domaine pourraient aider les survivants de son groupe. En même temps, il était difficile d'imaginer que cette folie est un quelconque lien avec les sciences technologiques.

    * * *

    L’extérieur, l'ambiance était chargée de tensions. Varek avait accompli sa mission, il avait mené la folle et sa clique à cette fichue tour radio. Alors,il se permit d'analyser rapidement la situation. La jeune blonde se trouvait avec l'autre femme qui avait virée barge, tandis que Julian était la seule menace face à lui. Seulement, la blessure à sa jambe risquait de le ralentir dans sa tentative d'évasion. Pour cela, il devait neutraliser la cible, lui voler son arme et les menacer gentiment de sortir du Humvee. Varek ne se faisait pas trop de soucis, il avait toujours été très persuasif.
    Il sentait le regard pénétrant de Julian dans son dos, mais n'y prêta pas la moindre attention. Il allait devoir être précis dans ses mouvements. Laissant de côté la douleur de jambe, il se baissa rapidement et effectua un croche-pied de son membre valide. Julian se fit faucher sans s'y attendre, Varek en profita pour récupérer l'arme de son adversaire, puis le braqua directement vers la tempe.

    –Ne joue pas au héros mon gars. Tu vas m'obéir bien gentiment.

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