• I. Obscur

    I. Obscur

     

    " Comment un si grand pays a-t-il pu subir autant de pertes humaines en quelques semaines ?
    Mis en quarantaine par le reste du monde, Les Etats-Unis doivent se débrouiller pour tenter de survivre.
    Le peu de rescapés se retrouvent coincés dans des camps de fortune. Où se trouve réellement la menace ? Personne n'a de réponse à cette question. Tout ce qu'ils savent, c'est que la nuit est leur ennemie, elle détruit tout sur son passage. Entre rêve et réalité, les rescapés sont totalement démunis face à cette adversaire insaisissable ! "

     

     

    GENRE : Horreur / Fantastique

     

     

     

     

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    3h23, Hôpital Psychiatrique de Salt Lake City
     
     
     

    Tic Tac. Tic Tac. L'immense horloge du hall d'entrée est la seule constante de ce lieu en dehors du temps. Habituellement, les patients ne se soucient guère du temps qui s'écoule comme un avertissement décomptant les jours vers la mort. Quelqu'un l'a-t-il seulement écouté ? Elle est un signe incontestable pourtant... Si l'horloge s'arrête, sonnerait-elle alors le glas de la vie ?
    Un peu plus loin, un néon s'éteint par intermittence dans le couloir adjacent du hall, accentuant le côté irréel de la situation de l'établissement. Les hôpitaux psychiatriques paraissent toujours lugubres pour ceux qui n'y vivent pas. La psyché humaine peut déformer la réalité comme bon lui semble. Mais au point d'annihiler toute vie dans un milieu, où le bruit fait partie de son cœur ? Est-ce qu'il y a encore seulement une âme qui vive ici ? Les pas du personnel médical ne résonnent plus sur le linoléum, alors qu'il doit normalement effectuer sa ronde. Aucun cri d'un aliéné emprisonné dans une cellule capitonnée, aucun gémissement d'aucune sorte. Le silence absolu.
    Le néon grésille une dernière fois comme un dernier soupir, puis les ténèbres envahissent définitivement les lieux. Malgré le manque de luminosité, vous pouvez distinguer au bout du couloir une tache luisante qui brille au clair de lune. Nul besoin d'être très imaginatif pour déterminer son origine. Du sang. Comme un jeu de piste macabre, il suffit de suivre les taches sombres et brillantes dans la semi-obscurité.

    A cet instant, l'instinct prend le dessus sur votre corps, vous incitant à rester sur vos gardes. Chaque ombre, chaque mouvement est potentiellement dangereux. Mais l'esprit humain a également besoin de rationalité, ce besoin de comprendre pourquoi les choses déraillent dans notre monde. Alors, il est inconcevable de ne pas découvrir l'origine de ce phénomène.
    Les portes du couloir sont grandes ouvertes. Quelqu'un cherchait-il à fuir un ennemi ? Les traînées de sang sont plus prononcées...puis vient l'origine. Des traces de pas sanguinolentes, une personne qui a marché dans une flaque visqueuse, puis un cadavre se trouve avachi contre le mur de droite, sans tête. Si votre esprit tente toujours d'assimiler les informations, vos yeux cherchent machinalement la tête qui a roulé à quelques mètres du corps. Une tête qui ne possède plus ses yeux, juste des orbites vides. La mort dans toute sa splendeur.
    Suivant toujours la piste, vous tournez inévitablement à gauche, suivant la longue ligne rouge carmin. Un corps a certainement été traîné dans ce labyrinthe. Des griffures parcheminent à divers endroits les murs crépis de l'établissement. A la prochaine intersection, vous découvrez une jambe perdue au milieu du couloir gauche. La chair a été déchiquetée à certains endroits, laissant entrevoir l'os. Son propriétaire se trouve à deux pas, du moins ce qu'il en reste. Vous pouvez juste distinguer un amas de chair sanglante. Rien ne peut dire qu'il s'agissait d'un être humain auparavant. La question se pose inévitablement : Quelle chose a osé faire un tel carnage ?

    Le sol et les murs sont recouverts de sang, dégoulinant parfois même du plafond. Plus vous osez avancer dans ce couloir, plus vous découvrez des monceaux de cadavres. L'odeur devient alors insoutenable, la mort fétide de ces pauvres âmes vous donne l'irrépressible envie de vomir. Diable ! Pourquoi continuer ? La curiosité tout simplement.
    A la fin du parcours, vous découvrez les cellules d'isolement des aliénés. Un bref coup d'œil à travers un judas, vous informe qu'ils sont tous morts. Démembrés, déchiquetés... Il ne reste rien. Une seule cellule se trouve grande ouverte... Il faut maintenant faire preuve de courage pour continuer. C'est d'un pas hésitant, peut-être même chancelant que vous continuez d'avancer. A chaque nouveau mètre franchit, vous commencez à distinguer une présence au milieu de la pièce. Encore un pas. C'est un être humain. Êtes-vous sûr ? Pourquoi serait-il le seul être vivant ici-bas ? Un nouveau pas. Vous arrivez désormais au pas de la porte. Il s'agit bien d'un homme. Il semble en état de choc. Des murmures s'échappent en continu de ses lèvres. Mais vous n'arrivez pas à comprendre son contenu. Il est accroupi et se balance d'avant en arrière en gémissant sa litanie. Prudemment, vous avancez encore. Il a certainement besoin d'aide ! Alors, l'âme compatissante que vous êtes a envie de l'aider pour sortir de cette morgue. Mais à cet instant vous comprenez très bien ses mots. Les mots qu'il répète inlassablement sans se fatiguer : " Les ténèbres nous dévorent"..."Les ténèbres nous dévorent".
    La peur se décuple sans raison, elle se manifeste encore plus à présent. Vous avez juste l'irrépressible envie de déguerpir de ce lieu infernal, tout de suite !

    "Les ténèbres nous dévorent". Vous rebroussez chemin sur le jeu de piste sanglant laissé par le monstre de vos cauchemars.

    Tandis qu'au loin, dans le hall de l'hôpital psychiatrique, la pendule continue sa douce mélopée. "Tic Tac. Tic Tac". Pourtant, sans raison apparente rien ne vient troubler ces lieux, seule votre présence n'est pas requise. La pendule se fige. Le glas vient de frapper. Des griffes énormes viennent vous faucher dans votre élan. Vous aurez beau hurler de toutes vos forces, personne ne viendra vous aider. Une explosion sanglante surgit, membres et viscères traînent parmi d'autres morceaux de cadavres. L'énorme cadran affiche désormais l'heure de votre mort... 3h41.

     

    "Les ténèbres vous dévorent"

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    Il faisait froid. Le vent glacial transperçait son corps de part en part, comme une lame insidieuse qui explorait son corps sans son consentement. Duncan avait beau être emmitouflé dans un confortable anorak, la peur et la faim le faisait grelotter depuis des heures. Depuis combien de jours parcourait-il les routes pour se diriger vers le sud? Il n'en savait strictement rien. La notion du temps n'était qu'une chose abstraite. La seule chose qui importait, c'était sa survie.
    Observant l'horizon depuis quelques minutes, il regarda de nouveau le plan qui se trouvait entre ses mains gantées pour repérer son cheminement. C'est en soupirant de lassitude qu'il rangea de nouveau le bout de papier dans la poche intérieure de son anorak. Le soleil de midi brillait haut dans le ciel, mais la neige qui crissait sous ses bottes ne semblait guère vouloir disparaître. "Contrairement à l'être humain" pensa le jeune homme.

    Il y avait quelques semaines, Duncan avait dû fuir sa petite bourgade traversant une grande partie du Wisconsin. La folie s'était abattue sur ce petit village paisible et sans soucis. La mort avait élu domicile au cœur de la nuit. Personne n'avait vu qui avait attaqué, des centaines de familles avaient été fauchées au même moment. Sans aucune explication plausible. Chaque nuit, le phénomène recommençait de nouveau, laissant une trace macabre aux yeux des habitants à leur réveil. Alors, ceux qui furent encore vivants décidèrent de s'enfuir, croyant laisser derrière eux cette malédiction.
    Hors au fil de sa route, Duncan avait pu constater que le phénomène s'étendait bien au-delà du Wisconsin. Les cadavres empalés le long des routes étaient une preuve irréfutable ! Les théories fusèrent de la part des survivants : malédiction infernale, extraterrestres, virus mortel... Bref les théories du complot proliféraient à une vitesse folle ! Même les pays d'Europe avaient lâché les États-Unis, croyant probablement plus à l'épidémie. Plus aucun vol, de bateau... Rien. L'Amérique était redevenue comme à ses origines, inconnu de tous. Le nouveau monde était détruit...

    Duncan préférait oublier ses fugaces pensées, il devait maintenir le cap vers Chicago. Il avait entendu dire qu'un camp de rescapés avait posé ses bagages. Peut-être avait-il une chance de survivre en communauté ?
    La destination lui semblait si lointaine ! Il avait dû abandonner le SUV qu'il avait trouvé trois jours plus tôt par chance, l'essence lui faisant défaut. Les muscles de ses jambes étaient endoloris sous l'effort et le froid. Mais il devait continuer ou au moins trouver un abri avant que la nuit ne tombe, et avec elle la mort pour compagnie.
    Sa vie consistait désormais à dormir une partie de la journée et d'être éveillé la nuit, guettant le moindre bruit suspect. Un long frisson lui parcourut l'échine, pour se rassurer il passa son bras droit dans le dos, effleurant au passage le colt python noir de son père. Jusqu'à présent, il n'avait jamais dû l'utiliser. Il espérait qu'il en demeurait ainsi dans les jours, voir les semaines à venir.
    Duncan enfonça plus profondément son bonnet de laine noir sur sa tête, cachant la totalité de ses cheveux châtain. Ce n'était pas un homme très doué pour la survie... Jusqu'à présent, il se demandait encore comment avait-il réussi à fuir aussi loin. Ses parents... Cette pensée lui brisa encore un peu plus le cœur, l'image qui lui restait en mémoire était abominable. De la bile lui remonta soudainement de l'estomac. Non, il ne vomirait pas. Il inspira profondément pour chasser la nausée sous-jacente. Pourtant, cette image lors de son sommeil il ne pouvait pas la contenir, elle revenait à son esprit sans cesse. Il se réveillait toujours en hurlant, trempé de sueurs froides. Il secoua la tête pour chasser ses idées noires, se concentra davantage sur ses pas.
    C'est alors que son regard fut attiré sur la route devant lui. On pouvait y apercevoir une station service, mais ce n'était pas ce qui le troublait. Des traces de pneus traversaient la station pour continuer au-delà du champ de vision du jeune homme. Sachant qu'il neigeait depuis plusieurs jours en continu, ces traces étaient plus que récentes. Maintenant, il s'agissait de savoir ce qu'il comptait faire ? Etait-il risqué de suivre les traces de ce véhicule ? Est-ce qu'au contraire, ces traces allaient le mener vers le camp de rescapés ?
    Le souci étant que dans cette vie actuelle, il était difficile de faire confiance à autrui. Les conneries que vous lisez sur des récits post-apocalyptiques, où les vivants se battaient entre eux n'avaient jamais été aussi réalistes qu'aujourd'hui. L'humain était de nature violente, aussi bestial que les animaux. Mais son psychique en faisait une créature terrifiante.
    Le choix était cornélien pour Duncan. Il n'était pas de nature combative. S'il se jetait dans la gueule du loup, il n'en sortira jamais indemne. Mais s'il restait seul sur la route dans les jours à venir, sa mort finirait par le rattraper également. Alors, il se décida ! Il enfila de nouveau son sac sur ses épaules et reprit sa marche en suivant les traces vers une destination inconnue.

    Les heures défilaient trop rapidement au goût du jeune homme. Le soleil ne tarderait pas à se coucher, laissant place bientôt aux créatures de la nuit. Son regard chercha un quelconque abri, mais ne trouva rien d'autre que de la neige à perte de vue. Le froid rendait ses mouvements de plus en plus difficiles, sa progression ralentissait bien trop vite à son goût.
    Il distingua un peu plus loin sur la gauche un véhicule était à l'arrêt. Apparemment, il s'agissait de la voiture qui avait quitté la station service précédemment. C'était une Dodge Durango dans un état assez pitoyable. Il resta aux aguets quelques instants, écoutant tous les bruits aux alentours. Rien. Seul le pépiement des oiseaux se faisait entendre. D'un pas prudent, Duncan se dirigea vers la voiture. Sa main se positionna machinalement sur son colt, près à dégainer si quelqu'un tentait de l'attaquer.
    Sans crier gare, deux hommes armés sortirent des bosquets face à lui. Leurs fusils à pompe braqués sur son torse. Vu la distance qui les séparaient, il avait une chance de s'enfuir. La portée de ce type d'arme étant courte, il pouvait y arriver. Mais quand il se retourna deux autres hommes pointèrent leurs flingues sur lui. Et là, il s'agissait d'AK47, aucune chance de s'extirper de ce bourbier.
    Le jeune homme n'eut pas le temps de se poser d'autres questions ou de tenter une évasion, car il sentit une violente douleur à l'arrière de son crâne. Les ténèbres l'accueilli avec bienveillance.

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  • Duncan essayait d'ouvrir ses paupières, mais la douleur lancinante ne l'aida nullement. Après plusieurs tentatives infructueuses, il y parvint enfin. Seulement, ce fut l'obscurité qui lui faisait face. Il ne distinguait rien du tout ! La panique commença à l'envahir. La nuit était tombée et il allait finir déchiqueté, démembré ou dieu savait-il encore ! Il essaya tant bien que mal de se relever, mais ce fut peine perdue. Alors, une nouvelle information se fit jour dans son esprit. Il était ligoté aux mains et au niveau des chevilles. « Putain ! Il ne fait pas nuit ! J'ai été enlevé ! ». Cette pensée n'était franchement pas des plus réjouissantes non plus. Que diable ces types lui voulait-il donc ?

    Son corps était balloté au fil du cheminement du véhicule. Quelque chose lui disait que ce fichu camp de rescapés n'existait pas. Cela devait-être un leurre pour des pauvres abrutis crédules comme lui.
    Après quelques minutes de trajet, le véhicule s'arrêta enfin. Duncan entendit les portières qui claquent, des discussions animées entre les hommes avant que le coffre s'ouvre enfin ! Il en profita pour prendre une bonne goulée d'air, après cet emprisonnement dans cet espace restreint. Un homme de grande stature le dominait de sa hauteur, il portait un treillis militaire. Le crâne entièrement rasé, le gaillard lui fit un sourire machiavélique.

    - Bien dormi, princesse ?

    L'homme l'agrippa violemment par l'anorak pour le sortir du coffre sans ménagement. Il tenta de le poser sur ses pieds, bien que les jambes du jeune homme aient du mal à le maintenir debout. Tandis qu'il se baissa pour couper les liens autour de ses chevilles. A ce moment là, un autre homme vint les rejoindre. Moins impressionnant que son confrère, il possédait également une pseudo tenue militaire. Les cheveux bruns coupés court, il portait des lunettes de soleil.

    - Enfile-lui ça ! On n'a pas de temps à perdre. Le soleil va bientôt disparaître.

    Le gros musclé obéit promptement. Au moins, Duncan savait qui commandait au sein du quatuor. Bien que cela ne l'aiderai pas à sortir d'ici... L'homme lui enfonça un vieux sac de toile sur la tête, certainement pour ne pas repérer leur camp s'il arrivait à fuir. « Bordel ! Comme si j'étais assez futé pour ça ! » pensa-t-il en colère contre lui-même.
    Il sentit une pression sur son bras droit pour lui imposer le chemin à suivre vers un grillage. Du moins, c'est ce que Duncan supposait vu le son qu'il entendit. A part le bruit des bottes qui craquaient dans la neige, rien ne pouvait indiquer où il se trouvait à cet instant. Une porte en métal s'ouvrit face à lui, on le poussa avec vigueur à l'intérieur à tel point qu'il faillit s'étaler de tout son long. Le baraqué le rattrapa in extremis. Puis, on lui retira enfin sa cagoule improvisée, la lumière au-dessus de sa tête l'aveugla quelques secondes. Il plissa les yeux pour tenter de distinguer ce qui se trouvait ici.

    - Bienvenue dans ta nouvelle demeure, gamin ! Lança l'homme aux lunettes de soleil.

    Il s'agissait d'un pauvre hangar où se trouvaient des véhicules de toutes sortes. Que pouvaient-ils bien lui vouloir ? A quoi rimait tout ce cirque ?

    - Qu'est-ce que vous voulez de moi ?

    Les quatre hommes qu'il avait croisés sur la route se mirent à rire dans une parfaite synchronisation, tel un concerto.

    - De toi ? Rien du tout. Tu auras tes explications par tes petits camarades.

    Il fit un signe de tête à un homme posté près de la porte au fond à droite. Ce dernier l'ouvrit machinalement et patienta sagement que son chef termine son petit discours de bienvenue.

    - Profite pour bien dormir, tant que tu le peux encore.

    Un sourire carnassier vint s'afficher sur son visage. « Espèce de sale enflure ! », répondit intérieurement le jeune homme. Il savait qu'il n'allait pas survivre longtemps. Mais mourir de la sorte ? Enfermé au sein d'un groupe de cinglés ? Non vraiment, il pensait à tout, sauf à cela. Le baraqué enleva alors le reste de ses liens, puis le poussa vers la porte. De l'autre côté, le temps qu'il comprenne où il se trouvait désormais, la porte se referma avec fracas. Il entendit le bruit d'une clé qu'on tourne dans la serrure. Super ! Il était définitivement enfermé, ne sachant pas quand ces tarés allaient le tuer.

    Duncan reporta alors son attention sur cette nouvelle pièce. Chose qu'il n'avait pas remarqué en arrivant, c'était que plusieurs pairs d'yeux l'observaient attentivement. Bon sang ! Ils étaient plusieurs prisonniers ! Ce constat l'effraya davantage... Un homme d'une quarantaine d'années aux cheveux noirs grisonnant aux tempes s'approcha vers lui, son visage affichait un air compatissant et affligé.

    - Salut... Désolé de voir encore une nouvelle personne nous rejoindre, dit-il en secouant la tête.

    - Où sommes-nous ?

    Il paraissait assez ennuyé de devoir donner des réponses aux questions du jeune homme. Mais il n'avait pas le choix. Il devait se dire qu'il était mieux de savoir, que de rester dans l'incertitude. Après tout, il avait dû vivre la même situation non ?

    - Dans un camp de la mort, souffla-t-il du bout des lèvres.

    - Quoi ?! C'est une blague ?

    Il secoua la tête en signe de négation.

    - Tu n'es vraiment au courant de rien ?

    - Au courant de quoi ? Qu'est-ce que je suis censé savoir ? répondit le jeune homme où l'hystérie était sur le point de l'envahir. L'homme en face de lui posa sa main sur son épaule en signe d'apaisement.

    - Comment t'appelles-tu ?

    - Duncan.

    - Moi, c'est Julian. Suis-moi dans l'arrière cour, je vais tout t'expliquer.

    Duncan était étonné de savoir qu'ils avaient le droit de sortir. Même s'il devait se douter que l'enceinte devait être close d'une quelconque façon. Le pas traînant derrière Julian, ils débouchèrent dans une grande cour. Comme Duncan l'avait supposé, cette dernière était barricadée de grillage électrique.
    C'est alors que le jeune homme se rendit compte de l'odeur nauséabonde du lieu. Même si avec le froid, l'odeur n'était pas aussi prononcée, Duncan la reconnaissait entre mille. La mort. Ses yeux parcoururent la cour plus attentivement, des lumières étaient allumées pour chasser la pénombre, laissant entrevoir son nouvel habitat. Une résidence bien lugubre. La première chose qui lui sauta aux yeux fut cet immense écran fixé au milieu de la cour. Mais la chose la plus étrange, furent les quatre piliers de bois qui lui faisaient face.

    - C'est ici que tout se passe, murmura Julian.

    Alors Duncan comprit. C'était ici que les cadavres étaient exhibés à la lumière du jour.

    - Et cet écran ? demanda le jeune homme.

    - C'est le responsable. Tu vas comprendre dans quelques instants.

    Tandis que les ténèbres s'épaissirent davantage et que la cour regroupait les prisonniers, l'écran géant s'alluma d'un seul coup, laissant entrevoir le bruit et les parasites sur sa surface lisse. Duncan fronça les sourcils. La vérité allait être bien plus étrange que toutes les théories qu'il avait entendus depuis le début des massacres.
    L'image s'intensifia pour devenir beaucoup plus net. On pouvait distinguer sur l'écran un homme de corpulence normal, où il était vêtu d'un sweatshirt à capuche lui cachant entièrement le visage, le maintenant dans la pénombre. Puis sa voix rocailleuse s'éleva dans la nuit glaciale, procurant au jeune homme une sensation de peur intense.

    - " Bonsoir à tous. Nous entamons une nouvelle nuit. Combien de nuits avez-vous su combattre jusqu'aujourd'hui ? Je présume très peu, n'est-ce pas ? * Rire diabolique * Il est temps d'ouvrir une nouvelle chasse dans vos camps. Qui seront les heureux élus de cette nuit ? Mes créatures vous trouveront ! Soyez-en sûr ! Que la partie commence ! "

    L'écran et les lumières s'éteignirent d'un claquement de doigts. Des cris et des sanglots retentirent immédiatement. Tandis que Julian attrapa Duncan par le bras, il lui hurla un seul ordre : " Cours ! ".


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    Sous la capuche de son sweat-shirt, l'homme observait tranquillement les centaines de moniteurs devant lui. Son bras droit reposant sur l'accoudoir de son fauteuil, il observait les scènes avec désinvolture en maintenant son menton contre sa paume. Un sourire de plaisir s'afficha sur son visage.
    Ils fuyaient tous comme de misérables insectes ! La peur panique de mourir pouvait être une grande motivation. C'est souvent au bord de la limite que l'être humain pouvait se dépasser. Or depuis que son petit jeu avait débuté quelques semaines auparavant, très peu arrivait à dépasser la mort. Ironique n'est-ce pas ?
    Pour lui le Créateur, la mort n'était qu'une étape. Comme tout concept , il suffisait de l'apprivoiser et de le dépasser. Ce qu'il avait su faire était hors de la portée de ces imbéciles, lui avait su l'apprivoiser. Désormais, il la manipulait selon son bon vouloir, selon ses propres envies.

    Fixant toujours l'écran, il glissa sa main gauche dans la poche de son sweat-shirt pour récupérer son paquet de cigarettes. Après avoir extrait un des tubes de papier entre ses doigts, il l'alluma promptement sans briquet, sans allumette. L'homme inspira une bonne bouffée de nicotine avant de laisser le nuage s'échapper entre ses lèvres.
    Les lumières bleutées des écrans éclairèrent partiellement son visage, rendant son regard glacé plus effrayant. Rabaissant son capuchon, sa longue chevelure noire cascada sur ses larges épaules. Il avait des pommettes saillantes, un nez fin et des lèvres voluptueuses : un visage parfaitement ciselé comme ci un sculpteur l'avait taillé dans un marbre d'exception. Il était un être d'exception.

    Une nouvelle volute de fumée s'échappa, tandis que ses lèvres s'étirèrent en un nouveau sourire. Il vit sur les écrans, les gens courir à perdre haleine, d'autres qui se vautraient littéralement sur le béton avant de se faire déchiqueter par ses créatures. Parfois, des giclées de sang venaient recouvrir les caméras.
    Le sang. Il pouvait le sentir littéralement sur sa langue. Du bout de sa langue, l'homme se lécha doucement la lèvre supérieure. Quelle sensation ! Des cris retentirent aux écrans, un homme venait d'être éviscéré laissant ses intestins se déverser sur le sol, tentant malgré lui de les retenir à l'intérieur de son corps. Une femme à proximité venait de se faire arracher un bras, son hurlement résonna jusqu'à lui.
    Bon sang ! Qu'est-ce que c'était jouissif ! Les humains étaient faibles, ils ne comprenaient rien. Pour le moment, il ne fut surpris par aucun d'entre eux. Cela aurait pu être une déception, mais il s'y attendait. Aucune surprise.
    Il était peut-être temps d'augmenter la fréquence de leur extermination. L'homme se leva doucement, traînant son imposante présence vers un endroit plus confortable pour lui. Arrivant à proximité du canapé en cuir, il enleva son sweat-shirt pour laisser apparaître son torse dénudé et musclé. Après s'être laissé lestement retomber sur le divan, il soupira de contentement.

    Soudain ses yeux se révulsèrent pour laisser apparaître des globes vitreux. Seul son sourire machiavélique demeura sur son visage d'ange.


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    Vite. Plus vite. Duncan suivait les pas de Julian qui martelaient le sol, un peu plus à l'avant. Il était plus simple pour lui de le suivre, car il connaissait parfaitement les dédales de cette bâtisse de la mort. Leur course se poursuivit dans des couloirs où chaque pas raisonnait à des kilomètres à la ronde. Il était évident qu'avec tout ce bruit, les créatures allaient les retrouver aisément !
    Une femme déboula alors face à eux, des larmes inondèrent son visage. Elle s'accrocha alors à la vieille veste en Jeans de Julian.

    • Pitié ! Aide-moi à retrouver Jessie ! supplia-t-elle.

    Duncan ne cessait de jeter des regards effrayés par-dessus son épaule, de peur de finir déchiqueté. Julian touché par la douleur de la jeune femme, lui répondit calmement :

    • Ne t'inquiète pas Lise, je vais la retrouver. En attendant, cache-toi en lieu sûr !

    La jeune femme ne pouvait se résigner à laisser sa fille seule au milieu des créatures, mais elle hocha la tête fébrilement. Tandis que Julian pris de nouveau Duncan par le bras, pour lui expliquer la situation.

    • Je vais tenter de retrouver la petite, quant à toi essai de trouver un conduit d'aération.

    Le jeune homme écarquilla les yeux de surprise.

    • Tu crois vraiment que cela va les arrêter ?
    • Crois-moi ! Vu ton gabarit, tu pourras facilement te faufiler à l'intérieur. Tandis que leurs corps ne peuvent pas se permettre ce petit tour de passe-passe. Alors file ! Maintenant !

    Il le poussa violemment dans le couloir pour le persuader de fuir immédiatement, avant que les créatures fassent leur apparition. Duncan se mit à courir de nouveau, la peur au ventre comme chaque nuit. Ses yeux essayèrent de s'habituer à la semi-obscurité, seul le halo de la lune parvint à traverser les lucarnes de cette bâtisse. L'obscurité était plus présente que la lumière.
    On avait tenté au fil de son enfance de le rassurer, de lui dire que les monstres en-dessous du lit ou au fond du placard n'existaient pas. Le résultat prouvait bien le contraire, la nuit était propice à les dissimuler aux yeux des hommes. Que pouvait-il croire désormais ? Le monde était proche du chaos.
    Alors, il fuyait. Fuir, car sa vie en dépendait. Après tout, il se devait de survivre, pour son père, pour sa mère et toute sa famille qu'il avait perdue au sein d'une nuit d'horreur. La fuite était la seule chance vers un avenir, qui semblait pourtant incertain à l'heure actuelle.

    Au bout de quelques mètres, le jeune homme entendit des sanglots. Il suivit leur direction et tomba sur une petite ombre recroquevillé contre un mur au détour d'un couloir. Elle devait être blonde, car ses cheveux étaient plus clairs que le reste, donnant un effet bleu luminescent au cœur des ténèbres. Il se remémora la conversation entre Julian et Lise. Alors, il murmura du bout des lèvres :

    • Jessie ?

    La petite fille releva le menton dans sa direction. Duncan lui sourit tendrement et tendit sa main vers elle. L'enfant se releva alors, le sourire parcourant son visage rond. Heureuse qu'une âme charitable vienne à son secours. Jessie devait avoir huit ans, Duncan sentit son cœur se serrer face à ce constat. Elle était trop petite pour vivre dans un monde aussi cruel, trop petite pour voir les horreurs qui se déroulaient dans ce lieu maudit toutes les nuits.

    Sans crier gare, une énorme griffe transperça le corps frêle de la petite fille, laissant une traînée rougeâtre derrière elle. Son corps avait disparu du champ de vision du jeune homme. Trop effaré parce qu'il venait de voir, il resta immobile durant quelques secondes avant que les cris de Jessie ne le ramène à la dure réalité. Elle était morte. Duncan aurait voulu pouvoir courir derrière elle pour la sauver, mais il savait qu'il était déjà bien trop tard. Alors, le lâche qu'il était se mit à courir pour s'enfuir hors de la portée de la créature. Fuir, voilà tout ce dont il était capable...

     

    * * *

     

    Julian frôla les murs de ses mains pour tenter de trouver le chemin qu'il convenait le mieux. Il avait beau avoir effectué ce trajet depuis plusieurs nuits, par moment il arrivait encore à s'égarer au cœur de ce labyrinthe.
    Depuis qu'il avait quitté son ancien foyer, Julian n'avait eu de cesse de se battre pour sa survie. Mais le kidnapping, il n'avait pas su l'éviter. Ces hommes étaient trop nombreux et très bien armés pour tenter une fuite. Cela faisait maintenant cinq nuits qu'il se trouvait dans ce lieu de perdition, il avait eu de la chance jusqu'à maintenant d'être toujours vivant. Mais il savait que son tour viendrait tôt ou tard...
    Ses pas le menèrent à proximité d'un local, où s'entassaient divers détritus. Habituellement, Julian ne passait jamais par ce couloir, car les endroits pour se cacher étaient trop rares. Mais il se disait que Jessie avait pu s'égarer dans ce couloir, qui était à proximité de la pièce de vie. Marchant prudemment, l'homme s'arrêta soudainement, quand il entendit un raclement au sol à quelques pas de lui.
    Plusieurs choses se passèrent simultanément, des cris au premier étage, puis des bruits de pas qui arrivèrent dans sa direction avec une supplique de lui venir en aide. Il se retrouva alors face à un homme de son âge qui était arrivé la veille. Or le temps de lui venir en aide, une immense griffe pourfendit en deux le pauvre homme aux abois. Ses yeux étaient encore écarquillés d'effroi, sous le choc, quand son corps retomba mollement sur le béton. Les yeux de Julian se dirigèrent machinalement vers la créature qui se trouvait derrière sa victime.
    Réagissant immédiatement, il se retourna pour foncer vers le local à ordure. Les cris gutturaux de la bête étaient déjà trop près de lui, mais il parvint au dernier moment à fermer la porte en métal derrière lui. Tentant de la maintenir close avec son corps, il entreprit de chercher un objet assez lourd pour la maintenir close. Rien. La bête s'échinait toujours derrière la porte, où ses grondements se faisaient de plus en plus enragés. La mort était là, elle n'attendait qu'un seul faux pas.

     

    * * *

    Des cris provenaient de tous les côtés, Duncan ne savait plus dans quelle direction se diriger pour être en sûreté. Sachant de plus qu'une créature était sur ses talons, il entendait parfaitement ses griffes qui percutaient le béton. Alors, il courait aussi vite qu'il le pouvait, mais cette fichue bestiole était bien plus rapide que lui !
    De rage, il tourna rapidement dans le couloir de gauche. Il devait trouver un quelconque moyen de se cacher ou de se battre désespérément pour la dernière fois de sa vie. Enfin, une issue se profila dans son champ de vision ! Elle était là, face à lui ! La bouche d'aération ! Il ne lui fallut que quelques secondes pour courir plus vite dans sa direction, d'arracher la grille et de sauter pour tenter d'entrer dans le conduit. Ses pieds s'acharnaient sur le mur pour essayer de le hisser plus haut. A cet instant, il sentit une griffe qui lui frôla le mollet. D'un geste désespéré, il arriva enfin à l'intérieur du conduit.
    La créature hurla de mécontentement, mais introduisit son immonde gueule à l'intérieur de la bouche d'aération. Cependant, pour la première fois depuis que ce cauchemar s'était produit, il voyait une de ces créatures de près. Sa peau était moribonde, noire et suintait un étrange liquide. Ses yeux étaient rouges de haine, laissant entrevoir dans la nuit des crocs surdimensionnés, dont la bave s'échappa en écoulement fétide. Cette créature sortie tout droit des enfers essayait tant bien que mal de s'introduire dans la gaine d'aération, mais son corps trop volumineux ne parvint pas à réaliser son désir. Elle se mit à hurler, hurler jusqu'à ce que Duncan ne puisse plus supporter ce regard, ces sons et cette odeur. Il ferma les yeux et posa ses mains sur ses oreilles. Priant que le jour vienne dissiper ce cauchemar.

     

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