• Ses forces commencèrent peu à peu à l'abandonner. Julian ne savait plus depuis combien de temps la créature s'acharnait sur la porte. Vu l'état dans laquelle elle se trouvait, cela devait faire peu de temps. Un laps de temps beaucoup trop long au goût du quadragénaire... A un moment ou un autre, il finirait par ne plus savoir la maintenir et cela signerait son arrêt de mort.
    D'un énième coup d'œil, il tenta de trouver un objet qui pourrait lui sauver la vie. Mais rien n'était apparu dans ce court laps de temps écoulée. Il sut que sa vie ne faisait que se raccourcir davantage. De toute façon, depuis qu'il se trouvait ici, il avait perdu toute certitude. Il avait beau tenter de survivre, la mort était la seule issue. Certes, elle n'était peut-être pas la plus enviable, mais elle avait le mérite d'exister.


    Après l'horreur des jours précédents, Julian se demandait encore pourquoi il continuait de vivre. Il avait perdu sa femme et son futur "enfant". Un enfant qu'il n'avait pas eu la chance de connaître, qui n'avait pas connu ce monde. Cela avait quelque chose de rassurant en soi, comment aurait- il pu survivre pour deux ? Il n'y avait plus que lui. Lui et les monstres qui apparaissaient chaque nuit pour réduire encore un peu plus la population. Annihiler toute once d'espérance qui restait chez l'être humain. Qui était assez diabolique pour créer ce plan de destruction massif ?
    Plongé dans ses mornes pensées, Julian ne s'était pas aperçu que la créature ne se trouvait plus derrière la porte. Intrigué, il tendit l'oreille pour écouter le moindre bruit suspect provenant de l'autre côté. Rien. "Etrange" pensa-t-il. Habituellement, ces monstres n'abandonnaient jamais leur proie tant qu'elles étaient vivantes. Alors, pourquoi ? Devait-il prendre le risque de sortir de cette pièce ? Etrangement, il n'avait pas envie de savoir ou même de comprendre. Mais ici, il n'était pas à l'abri non plus. Si une créature revenait et tentait de forcer le passage, il ne résisterait pas longtemps. Il était totalement épuisé à cause de l'assaut précédent. Un second assaut n'était pas envisageable !


    Alors, il tenta de réfléchir à une autre solution. Il essaya de visualiser les accès possibles pour tenter une sortie. Il allait devoir parcourir plusieurs mètres avant d'être sain et sauf. Pouvait-il seulement y arriver ? Combien de monstres rôdaient dans les couloirs ? Julian soupira de lassitude. "L'idéal serait de casser la gueule de ces pseudos-soldats et de les donner à bouffer à leurs chiens de gardes" murmura-t-il tout bas.
    Prenant son courage à deux mains, il se releva et entrouvrit légèrement la porte. Tout paraissait silencieux dans cette semi-obscurité. Aucun cri, aucun raclement quelconque. Faisant preuve de souplesse, il se glissa par l'entrebâillement de la porte, pour se retrouver au milieu du couloir. Toujours aux aguets, il tenta d'entendre quelque chose, mais rien ne lui parvint. C'est d'un pas léger qu'il avança prudemment dans les ténèbres, une main frôlant le mur à sa droite pour mieux se guider dans la bâtisse.
    Quand il arriva à une intersection, un raclement lugubre se fit entendre dans le couloir de gauche. Sous l'angoisse, sa respiration se fit de plus en plus haletante. Un deuxième raclement... Prenant une profonde inspiration, Julian se mit à courir droit devant lui, intimant à son corps d'aller au-delà de ses limites. Derrière lui, les coups de griffes sur le béton progressèrent dangereusement. "Ne te retourne pas ! Ne te retourne pas" murmura-t-il.


    Julian vit enfin les escaliers qui lui faisaient face. Dans un élan désespéré, il sauta au-dessus des deux premières marches et se réceptionna à la rambarde d'acier avant de poursuivre son chemin. Seulement la créature, beaucoup plus agile que lui, bondit par-dessus sa tête. Elle lui faisait face, la gueule entrouverte, laissant de l'écume et du sang dégouliner sous son corps musculeux. Ses grognements gutturaux se répercutèrent autour de Julian, comme une lugubre mélodie. Les yeux rouges de la créature le fixèrent avec une irrépressible envie de goûter à sa chair tendre.
    Alors, l'évidence le frappa de plein fouet. Il allait mourir. Là, ici au milieu des escaliers d'un camp de la mort, tenu par des cinglés. Qu'avait-il à perdre ? Il avait déjà tout perdu ! Il allait enfin pouvoir retrouver sa famille. Décidé, il se résigna. Si la créature désirait le déchiqueter et bien qu'elle le fasse ! La mort était sans doute plus douce que de vivre encore ici, à voir des horreurs toutes les nuits. Julian ferma alors les yeux, inspira une dernière bouffée d'oxygène. Il attendit fébrilement son trépas.

    * * *

    Son souffle se faisait de plus en plus rauque, au fil de son avancée. Le conduit d'aération était vraiment étroit. Malgré son corps longiligne, Duncan avait du mal à progresser dans cet endroit exigu. Le jeune homme pouvait encore entendre au loin, les cris bestiaux de la créature, enragée de laisser s'échapper sa proie. Intérieurement, Duncan remerciait Julian pour cette idée ingénieuse. Grâce à lui, il était en sûreté !
    Il déboucha enfin sur une grille. Après avoir jeté un rapide coup d'œil, il aperçut une sorte de chambre. Le silence semblait total, après une profonde inspiration, il retira la grille pour se glisser dans l'ouverture. Le jeune homme se réceptionna tant bien que mal, avant d'observer son nouvel environnement. La chambre était spartiate : un matelas poisseux traînait dans un coin de la pièce, une fenêtre laissait filtrer quelques rayons lunaires. L'avantage de ce lieu, c'est que la porte était en métal et pouvait être barrée à l'aide de plusieurs planches prévues à cet effet. Duncan s'empressa aussitôt d'utiliser le système du locataire pour obstruer la porte.


    A cet instant, il sut qu'il pouvait se laisser aller à sa douleur. Il glissa le long de la porte, où les larmes commencèrent à perler sur ses joues. Jamais, il n'arriverait à survivre longtemps. Il était trop froussard pour cela, aucun courage... Jusqu'à aujourd'hui, il n'avait fait qu'utiliser les opportunités qui s'offraient sur son passage. Sans la chance, il serait mort le même soir que ses parents. " Tu n'es qu'un gros lâche!" se maugréa-t-il. L'image de la petite fille était encore vivace dans son esprit, il n'avait même pas pu la sauver ! Elle avait eu confiance en lui pourtant... Une erreur que la jeune Jessie avait payée de sa vie.
    Duncan ne contrôlait plus ses larmes, elles se transformèrent bien vite en sanglots. Il se mordit le poing pour étouffer ses cris qui étaient sur le point de jaillir de sa gorge. Quelle horreur allait-il devoir affronter au petit matin ? Qui se trouverait empalé sur les piquets entraperçus dans la cour ? Que lui ferait subir les pseudo-militaires durant la journée ? Autant de questions auxquelles, le jeune homme n'était pas pressé de découvrir la réponse.
    Étant dans un état mental extrêmement fatiguant, Duncan finit par s'endormir contre le mur. Ses rêves furent inondés de créatures morbides qui ne cessaient de lui arracher des morceaux de sa chair, jusqu'à ce qu'il pousse un dernier cri de douleur.

    * * *

    Rien. Aucun impact de douleur, aucune morsure, plus aucun bruit. Julian ouvrit de nouveau les yeux. La créature s'était totalement évaporée ! Pourquoi ? C'était bien la première fois que cela se produisait. Jusqu'à maintenant, elles s'étaient toujours montrées virulentes avec les êtres humains. Pourquoi quand il était sur le point de renoncer, de lâcher prise, la créature l'avait laissé vivre ? Tout cela n'avait aucun sens !
    L'homme ne se posa pas davantage de questions. Il enjamba les dernières marches avant de courir précipitamment dans le couloir. Pour le moment, le plus important était de se mettre à l'abri. Il déboula dans l'aile où des chambres avaient disposées pour les "locataires". Courant sans se retourner, il ouvrit la première porte pour enfin se barricader derrière cette protection de métal.
    Après avoir positionné les barrières, Julian se laissa glisser au sol. Totalement éreinté par cette course-poursuite infernale, il n'arrivait plus à réfléchir correctement. Sa survie était pourtant exceptionnelle ! De lassitude, il se dirigea vers le matelas miteux pour s'y laisser tomber mollement. La fatigue ne tarda pas à l'emporter pour le protéger de l'horreur des ténèbres environnantes.

    * * *

    L'aube se leva doucement, comme si l'horreur de la nuit n'avait jamais existé.Pourtant, les vestiges au sein du camp subsisteraient dans les mémoires collectives durant la journée, pour accentuer l'angoisse de la prochaine nuit.
    Derrière un immeuble à proximité, une jeune femme observait le camp de la mort derrière ses lunettes de soleil. Laissant échapper la fumée de sa cigarette de ses lèvres charnues, elle esquissa un sourire carnassier. Bientôt elle pourrait passer à l'action !
    La jeune femme abandonna son mégot dans la neige, de sa botte elle vint l'écraser sans ménagement. D'un dernier regard, elle fixa la sinistre bâtisse avant d'enfourcher sa moto et de disparaître jusqu'à la prochaine nuit.


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    Les rayons du soleil filtraient paresseusement à travers les épais nuages de l'hiver. Étendu sur le matelas miteux, Duncan émergea de son sommeil sans rêves. Malgré les atrocités de la nuit, le jeune homme n'avait fait aucun cauchemar. Seules les ténèbres avaient été omniprésentes dans sa conscience.
    Pourtant, quand ses paupières s'entrouvrirent fébrilement, l'horreur de la veille vint le submerger. Alors, il se recroquevilla sur lui-même, laissant ses larmes couler sans aucune retenue. Il allait malgré cela devoir faire face au spectacle monstrueux qui l'attendait dans la cour.

    Lentement, il tenta de se relever, mais le froid avait engourdi son corps. Il se frotta les bras et les jambes vigoureusement pour essayer de faire circuler son sang. De la vapeur s'échappa entre ses lèvres gercées, il ne tarda pas à claquer littéralement des dents. Il devait bouger pour se réchauffer. Après plusieurs tentatives infructueuses, Duncan parvint enfin à se relever. Sa main se dirigea machinalement vers la barrière en bois qui maintenait la porte close. Il la déverrouilla puis passa la tête dans le couloir. Des personnes étaient déjà réveillées et vagabondaient dans le corridor, se rendant aux étages inférieurs.

    A cet instant, le jeune homme aperçut un pseudo-militaire, équipé d'un fusil d'assaut. Ce dernier attendait patiemment au bout du tunnel. Il faisait des signes pour inciter les gens à descendre. Comme un mouton qui suit le berger, il emboîta le pas aux autres personnes qui filaient en direction de la fameuse cour.
    Sauf que l'image qui lui sauta aux yeux était plus sanglante que l'écran géant qui trônait en arrière-plan, face à lui des poteaux de bois immenses dominaient l'extérieur. Or dans son souvenir, il n'y en avait que quatre. Pourtant, ce matin il y en avait quatre de plus. Ce qui brisa davantage le cœur de Duncan, fut le violent rappel de sa lâcheté... Le petit corps de Jessie était empalé comme les autres sur ces pieux de fortune. Une plaie béante se trouvait encore dans son cou, à l'endroit exact où la créature l'avait mordu. Ses yeux vitreux le fixèrent, l'accusant silencieusement de la torture qu'elle avait subie durant cette nuit de terreur. Sa mère était au pied du piquet, hurlant son désespoir à la vue de tous. Les pseudo-militaires se gaussaient d'elle sans aucune retenue.
    Duncan sentit alors une main se poser sur son épaule avec douceur, il tourna son visage blême pour se retrouver face à Julian. Sa poigne se renforça pour lui signifier qu'il compatissait à sa douleur. Personne ne pouvait s'habituer à l'horreur ! Ses cadavres exposés devant eux avec une telle violence étaient abject. Un homme était totalement éventré, laissant ses boyaux se déverser sur le sol gelé. Une autre personne était décapitée, sa tête reposait sur la pointe du pieu comme un avertissement. Mais qui avait-il à craindre ? La mort semblait être la seule chose que l'homme mystérieux désirait ! Avait-il réellement un but ou était-il seulement un tueur de masse ? Duncan se doutait que sous cette tragédie, il n'y avait rien à comprendre.

    L'homme qu'il avait aperçu la veille se tenait sur une estrade placée ostensiblement sous l'écran géant. Il pouvait discerner une certaine satisfaction face au spectacle macabre. Comme hier, il portait toujours ses lunettes de soleil qui lui dissimulaient ses yeux. Sa prestance de chef était indéniable, c'était lui qui contrôlait ses hommes. Devant cette assemblée, il se mit alors à faire un discours.

    - Comme vous pouvez le constater mes chers amis, le nombre de morts augmente de nouveau.

    Il fronça les sourcils, puis commença à faire les cent pas le long de l'estrade.

    - Ce qui est vraiment fâcheux, il faut bien l'avouer ! Vous êtes ici, pour que mes hommes et moi-même puissions échapper à ce carnage. Or, si le nombre augmente, il va nous falloir chercher davantage de bétail.

    Ses hommes de main mirent à ricaner dans la cour, suite à sa remarque.

    - Ce soir, une nouvelle nuit débutera et avec elle, huit nouvelles morts. « L'Ombre » se fait de plus en plus gourmande, apparemment. J'espère que vous allez profiter de vos derniers instants paisibles ! Ce sera tout.

    Il fit demi-tour pour descendre les quelques marches, il murmura quelque chose à un autre garde avant de se retirer dans ses quartiers. D'autres pseudo-militaires se regroupèrent, certainement pour partir en expédition.

    Julian entraîna alors le jeune homme à l'écart pour discuter plus tranquillement. Dans ses yeux, l'inquiétude revint à la charge.

    - Tu as été blessé ? Demanda-t-il.

    Duncan qui jusqu'ici avait totalement oublié la blessure à sa jambe, sentit brusquement la douleur sourde remonter à la surface.

    - Rien de grave, j'ai seulement une égratignure à la jambe. Et toi ?

    - Je n'ai rien. Suis-moi, je vais tout de même vérifier ta blessure, voir si elle est superficielle.

    Tous deux retournèrent à l'intérieur, portant sur leurs épaules peu d'espoir de sortir vivants de ce mauvais rêve. Que leur restait-il désormais ? Existait-il un Dieu qui pouvait intervenir ? Étaient-ils réellement abandonnés du monde ? Tant de questions qui allaient demeurer à jamais enfouies en eux.

     

    * * *

     

    Appuyé contre son bureau, Varek observa les écrans de contrôle. Les prisonniers avaient perdu toute combativité, ils étaient résignés à mourir, lui-même craignait pour sa vie. Le fait d'amener des survivants dans ce lieu était une très bonne idée au départ, mais aujourd'hui le nombre de morts ne cessait de croître de façon inquiétante. Il était certain que ses hommes et lui finiraient également par passer l'arme à gauche. Pourtant, il ne pouvait pas se résigner à crever comme une bête de somme !
    Il retira ses lunettes de soleil, se pinçant l'arrête du nez pour tenter de trouver une solution. Il avait beau réfléchir depuis des semaines, seul le regroupement des survivants avait fonctionné. Aujourd'hui, une nouvelle étape avait été franchie. Varek devait à tout prix éradiquer « L'Ombre ». Comment retrouver cet assassin ? Il ne voulait aucunement devenir un héros, il voulait simplement sauver sa peau. La survie était tout ce qui lui importait. Peu importe le prix à payer, le sang à faire couler ou les cadavres qu'il laisserait derrière lui.

    La porte de son bureau s'ouvrit avec fracas, laissant apparaître un homme chauve et musclé dans l'embrasure.

     - J'attends vos ordres, Chef !

    Impassible, Varek ne daigna même pas se retourner pour faire face à son soldat.

    - Organise les patrouilles, il en faut une de plus qu'habituellement pour augmenter le nombre de prisonniers. Je ne sais pas combien de temps notre survie va continuer. Vous allez également rouler le plus loin possible du campement, il devient difficile de trouver des gens dans le coin.

    - A vos ordres, Chef ! Et si nous tombons encore sur la fille ?

    - Achevez-la une bonne fois pour toutes ! Cette pute commence à me taper sur les nerfs ! Maintenant, dégage Shark.

    L'homme ne se fit pas prier et retourna auprès des autres soldats. « Shark » commença à établir le périmètre de recherche, ainsi qu'à créer les différentes patrouilles de la journée. Il devait à tout prix trouver des survivants, s'il voulait rester dans les bonnes grâces de Varek. Soudain, il pensa à cette femme en cuir qui voyageait à moto depuis des jours. La douleur de la blessure qu'elle lui avait infligée à l'épaule était encore fraîche dans sa mémoire. Il espérait pouvoir obtenir sa vengeance aujourd'hui. Elle n'allait pas lui échapper une seconde fois !

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    Shark était au volant d'un 4X4 provenant de l'armée. Certes, à la base il n'était pas un militaire. Aucun des hommes de ce groupe d'élite ne l'était d'ailleurs. Mais vu la déchéance des Etats-Unis, les Américains s'en moquaient largement. Varek avait décidé de prendre le contrôle pour tenter de garder une certaine civilisation. Cela, peu importe le prix à payer. Shark lui était fidèle depuis le début. Leur rencontre était atypique. Pourtant, la confiance entre les deux hommes s'était très vite installée.

    Vince Tanner alias « Shark » était un criminel de grande envergure. Quand la folie s'était abattue sur la prison où il était incarcéré, il avait pris la tangente sans demander son reste. Sur son chemin, il y avait des centaines de cadavres qui jonchaient le sol : des chairs éviscérées, décapitées, démembrées et bien d'autres sévices que lui-même aimait procurer à ses victimes. Pourtant, voir tous ces morceaux de corps martyrisés et regroupés dans un même lieu l'avait profondément dégoûté. Son surnom de « Shark » lui provenait d'ailleurs du fait qu'il déchirait la peau de ses proies. Le « requin » ! Quelle ironie de constater que le mal infligé à autrui n'était pas très loin de lui faire la même chose. Il aurait même préféré sa condamnation à mort par injection létale ! Après s'être équipé en conséquence en artillerie, il s'était enfui du Missouri pour rejoindre le Nord. Son trajet fut semé d'embûches, pourtant il avait toujours su les esquiver, jusqu'à ce qu'il croise le chemin de l'impitoyable Varek.

    * * *

    Shark avait pour habitude de se déplacer à couvert, la plupart du temps à travers les forêts, les bosquets. Il était sûr et certain que personne ne pouvait le voir parmi la végétation environnante. Aux aguets, il avançait toujours prudemment, quand brusquement, une balle lui avait transpercé le ventre. Une seconde balle ne s'était pas fait attendre, elle se logea quelque part dans sa poitrine. Sa vue s'était brouillée dangereusement, la seule chose qu'il avait pu distinguer au milieu de cette atroce douleur, ce fut un homme cagoulé dont les yeux bleus perçants le fixaient implacablement.
    Quand il s'était réveillé, il se trouvait sur un vieux lit de camp miteux. Ses yeux tentèrent d'analyser la situation dans laquelle il se trouvait désormais. La douleur lancinante qui lui parcourut le torse lui rappela sa mésaventure dans la forêt. « Quelqu'un a essayé de me tuer », s'était-il dit. Le colosse s'était relevé, faisant abstraction de sa propre souffrance. Il en avait l'habitude, ce n'était pas la première fois qu'il était blessé après tout. Une fois assis, il avait constaté qu'il se trouvait dans une simple tente. Pourquoi son agresseur ne l'avait-il pas achevé ?

    Un bruit de tissu le sortit de ses pensées, l'homme cagoulé pénétra à l'intérieur de la tente. Il ne le regarda même pas une seule seconde.

    – Si tu tiens à survivre dans ce Nouveau Monde, je te conseille de m'écouter attentivement.

    Shark l'avait fixé sans aucune émotion. On disait souvent qu'un assassin savait en reconnaître un autre, juste à l'aura que la personne dégageait. A cet instant, Shark le comprenait. Ce type ne faisait certainement pas partie des forces de l'ordre, bien au contraire. La noirceur qui irradia autour de lui signifiait qu'il faisait partie de l'autre camp. Son camp étant celui des meurtriers en puissance.

    – Récemment, j'ai capté un message intéressant sur les radios. Etrangement, c'est la seule chose qui fonctionne encore.

    L'homme se dirigea vers une station militaire, il bidouilla pendant quelques instants avant qu'une voix froide émergeât au cœur de la tente.

    « Si vous tenez à votre survie sans que les créatures vous tuent. Je vous conseille de suivre mes instructions. Livrez-moi tous les êtres humains que vous pourrez, peut-être vous laisserais-je ainsi la vie sauve. Donnez-moi ce que je vous demande, votre survie en dépend ».

    Le message se répétait en boucle. Finalement, il y avait bien quelqu'un derrière ce massacre de masse. Il était intéressant d'avoir une échappatoire également. L'homme qui lui faisait face l'avait compris aussi. Il savait que Shark accepterait sans rechigner, sachant que son côté meurtrier ne pouvait être que bénéfique pour son entreprise.

    – Puis-je compter sur toi pour créer un abri pour les pauvres rescapés ?

    Un sourire cruel vint s'afficher sur le visage buriné de Shark. C'est d'un ton monocorde que le colosse lui avait répondu :

    – Avec plaisir.

    Les deux hommes avaient scellé leur pacte par une simple poignée de main.

    * * *

    A ce souvenir, Shark ne pouvait que le remercier. Finalement, il était amusant de voir que les criminels étaient occupés à renverser le cours de l'existence. Les bons finissaient en prison pour crever comme des chiens, tandis que les mauvais profitaient d'une certaine liberté retrouvée. Certes, elle n'était pas parfaite, mais elle avait le mérite de procurer une dose de satisfaction.

    Le colosse revint au présent, se concentrant de nouveau sur la mission en cours. Il devait chercher de nouveaux prisonniers pour « L'Ombre ». Sachant que sa course allait le conduire plus loin, il devait anticiper toute attaque. Quand l'homme du côté passager lui indiqua un point noir devant lui, Shark reporta toute son attention. C'était elle ! Aucun doute.

    – Préparez vos armes, nous allons la réduire en bouillie.

    Le véhicule accéléra soudainement, prêt à écraser l'importune qui leur bloquait la route. Quand ils furent assez près, son collègue passa sa tête par la vitre et commença à mitrailler la jeune femme vêtue de cuir.
    Cette dernière agile comme un chat effectua une roulade avant d'extraire ses armes de ses holsters de cuisses pour les canarder en retour. Shark braqua brusquement sur la droite, le véhicule fit un hors-piste à cause du verglas. Les hommes ne tardèrent pas à sortir du 4X4 prêt à riposter contre leur adversaire. Ils se planquèrent derrière le véhicule, dont le métal leur servait de barrière protectrice. Shark dépassa légèrement son visage par-dessus la carrosserie pour viser son ennemie. Cette dernière n'était plus sur la route, elle avait disparu.

    – Putain ! C'est quoi ce bordel ?! vociféra le colosse.

    Il donna ses ordres à ses hommes, qui se dispersèrent le long de la voie pour tenter de l'attraper à revers. L'un d'entre eux passa à proximité d'un bosquet, quand il fut brusquement projeté sur le sol. Sa tête frappa violemment un rocher à proximité, pendant que sa vue se brouillait, une lame froide lui trancha la gorge sans sommation. L'un de ses collègues arriva en courant pour lui venir en aide, mais l'épée courbée vint le faucher au niveau des jambes. Ses tendons coupés, l'homme s'effondra comme un sac. L'impitoyable femme l'égorgea tout aussi rapidement. Le sang rouge vif contrastait d'une façon macabre dans la neige immaculée.
    Shark enragea. Cette folle, en plus de se battre avec des armes à feu, se battait également avec des kukris ! Il s'agissait là d'une arme peu conventionnelle, qui provenait du Népal. Il était rare aujourd'hui de trouver des personnes qui combattaient à une telle épée.
    Le colosse chargea son AK47, avant de sortir en trombe de sa cachette. Quand il braqua son engin dans la direction de l'ennemie, elle s'était de nouveau évaporée. Fou de rage, il se mit à vociférer autour de lui.

    – Sale petite garce ! As-tu si peur de moi que tu te caches ? Viens te battre face à face si tu l'oses !

    Un bruit attira son attention, il fit volte-face pour trouver la jeune femme sur la toiture de son 4X4 militaire. Ses cheveux noirs voltèrent dans l'air glacial comme une douce chimère, vêtu de cuir elle possédait deux kukris dans les mains. Du sang gouttait encore des lames, on pouvait y apercevoir des symboles hindous. Ses yeux bleus n'exprimaient aucune émotion, seule la mort serait la finalité.

    - Ainsi soit-il ! répondit la créature d'outre-tombe.

    Elle se jeta dans les airs avec un saut périlleux gracieux, se laissant tomber près de Shark. Etonné par la rapidité de cette jeune femme, il arriva à parer son coup de lame à l'aide de son fusil d'assaut. Un sourire cruel se dessina sur le visage de la femme, avant qu'un second coup rapide de sa main gauche vienne planter son épée dans les côtes de l'homme. Elle remonta la lame vers le haut, alors que Shark hurlait de douleur. Du sang remonta dans sa gorge, pour venir couler à la commissure de ses lèvres. Il lâcha finalement son arme, tandis qu'elle lui trancha la gorge de sa main droite. Un flot rouge épais se répandait déjà à gros bouillon sur la neige, le corps de Shark tomba silencieusement dans la couverture laiteuse. Ses yeux étaient vides, observant pour l'éternité sa criminelle d'un regard accusateur.

    Kali rengaina ses kukris dans leurs fourreaux fixés dans son dos. Son regard se porta sur le véhicule des pseudo-militaires, elle devait l'inspecter. D'un pas rapide, elle s'avança vers le 4X4, puis ouvrit la portière du côté passager. Rapidement, elle regarda l'ensemble sans rien trouver d'important. Elle regagna alors sa moto qui l'attendait patiemment dans les bosquets un peu plus loin. Il était temps de mettre le camp de Varek à feu et à sang ! La nuit était propice à camoufler sa présence. La déesse du chaos allait bientôt leur rendre une petite visite.

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    « L'Ombre », il ne savait toujours pas s'il devait apprécier ce surnom. C'était même plutôt ironique, étant donné son nom réel. Pourquoi ces idiots avaient-ils ce besoin de nommer les choses dont ils avaient peur ? L'inconnu était une source de frayeur. Après tout, il basait son expérience sur cette principale angoisse. Après avoir jeté ses monstres aux trousses de l'humanité, il avait jubilé devant les moniteurs à observer ce que la peur pouvait avoir comme conséquence sur l'être humain. Ici, c'était littéralement un bain de sang : une orgie de boyaux, de mare sanglante et de peaux écorchées.
    Le spectacle était, certes très plaisant, mais son expérience était bien plus importante. Il voulait voir jusqu'où il pouvait pousser ses limites. Pourquoi se contenter à un pays, alors que la planète entière pouvait être dominée par un seul homme ? Il savait au fond de lui qu'il était capable d'une telle prouesse. On l'avait conditionné pour cette seule raison. Son entreprise d'aujourd'hui était juste un retour de manivelle. Personne n'avait le droit de lui imposer quoi que ce soit ! Par contre lui, il le pouvait de bien des façons. 

    Vêtu d'une chemise blanche qui contrastait sur sa peau hâlée, d'un pantalon vinyle noir, le tout accompagné de sa veste en cuir, son visage angélique reflétait cette nuit-là la beauté du Diable. Son regard perçant était accentué par le khôl noir autour de ses yeux. Il s'était apprêté pour s'adonner à la chasse sur le terrain. Comme le démon qu'il était au fond de lui, il avait besoin d'avoir le goût du sang sur sa langue. De plus, il avait envie de sortir de ce sous-sol. Mais avant cela, il avait une annonce à faire. Il se saisit machinalement de son fameux sweat-shirt noir qui trainait toujours sur le siège, face aux écrans de surveillance. Il s'installa prestement sur son fauteuil, puis enclencha le bouton pour le « direct ». Sa voix glaciale se répercuta aux quatre coins des Etats-Unis, dans chaque camp de rescapés dirigé par des hommes sous son contrôle. 

    – « Bonsoir à tous. Nous entamons une nouvelle nuit. Depuis combien de temps combattez-vous ? Très peu de temps, je présume. Cette nuit sera peut-être votre dernière, car cette nuit, la chasse prendra un nouveau tournant... Vous pourrez vous cacher n'importe où, mes créatures vont vous trouver. Que la partie commence ! »

    Il coupa brusquement la communication, puis retira son sweat-shirt. Ce petit jeu commençait à devenir lassant. C'est pourquoi à la dernière minute, il avait décidé d'augmenter d'un cran le côté cauchemardesque de cette éradication. Ce soir, il avait besoin de s'amuser parmi ses victimes. Il se dirigea vers le fond de la pièce pour se saisir de ses armes sur le mur. Bien qu'elles ne fussent pas nécessaires pour lui combattre, elles lui procuraient un certain réconfort. Cachés sous sa veste en cuir, des fourreaux pour des kukris attendaient de recevoir ces lames courbées provenant de leur pays d'origine. Une fois équipé, il sortit enfin dans les ténèbres, une Ombre parmi les ombres.

     

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    L'obscurité venait de reprendre ses droits sur les prisonniers. Offrant à leurs yeux, l'horreur que faisaient subir ces créatures chimériques. Depuis qu'il se trouvait dans ce lieu, Duncan savait que sa vie ne serait plus jamais la même. Parfois, il lui arrivait même de croire qu'il était mort et qu'il avait franchi le portail des Enfers. Parce que oui, il était en Enfer. Il ne pouvait pas en être autrement. Le diable s'amusait à les torturer selon son bon vouloir. Ils n'étaient que les pions d'un jeu, dont personne ne comprenait les règles. Y'avait-il seulement quelque chose à comprendre face à cette situation ?
    Ainsi, le jeune homme courait derrière Julian. Ce dernier l'avait encore une fois pris sous son aile, lui expliquant ce qu'il avait vécu la nuit précédente avec la créature qui s'était volatilisée. Son ami pensait pouvoir le protéger des attaques des monstres. Mais Duncan n'y croyait pas une seule seconde. L'espoir en lui de sortir vivant de cette prison s'amenuisait chaque seconde qu'il passait entre ces quatre murs.
    Des cris retentirent de part et d'autre de la bâtisse, où se mêlait également le hurlement des créatures. Le jeune homme senti même le sol qui tremblait sous ses pieds, comme-ci les cavaliers de l'apocalypse avaient surgit dans ce lieu de misère. Ces monstres étaient beaucoup plus nombreux, ils ne cherchaient qu'à dépecer le plus de personnes possible. Face à ce constat, il n'y avait plus grand-chose à faire.
    Face à eux, déboula soudainement une créature au corps plus imposant que ces congénères. Duncan eu l'impression d'avoir sa respiration totalement bloquée, comme-ci quelque chose appuyait sur sa cage thoracique. Pourtant, il s'agissait juste de la peur, la peur l'empêchait ainsi d'avancer, tétanisé à la vue du monstre. Il s'était stoppé derrière Julian, ce dernier d'ailleurs fixait la chose avec des yeux écarquillés. Apparemment, lui non plus n'avait jamais vu une bête de cette taille. Son corps se mouvait difficilement dans ce couloir exigu, pourtant petit à petit elle s'approcha dangereusement d'eux. Sa bave ensanglantée gouttait sur le sol, dévoilant des crocs puissants et tranchants. Ses yeux rouges brillaient d'excitation à la pensée d'avoir un bout de viande à se mettre sous la dent.

    Julian qui faisait bouclier pour le jeune homme, avait certes peur, mais il ne recula nullement. Le cerbère ignora royalement ce dernier pour poser son regard sur le jeune homme. D'un pas pressant, il bouscula Julian qui fut projeté contre le mur, à moitié sonné. Le temps reprenant ses droits, Duncan fit demi-tour pour détaler le plus rapidement possible. Seulement, l'énorme bête était juste derrière lui, il pouvait sentir sa respiration putride qui frôlait son dos. Y'avait-il pire que de finir entre l'étau d'une mâchoire monstrueuse ? Non. Pourquoi continuer à courir, si l'on savait que sa vie allait se terminer d'un instant à l'autre ? Presque résigné, Duncan ferma les yeux. Soudain, il crut qu'une bombe venait d'exploser à proximité de lui. Les détonations furent assourdissantes. Il n'entendait plus rien, sauf ce sifflement désagréable. Le couloir était en train de se transformer en véritable champ de bataille ! Difficile de croire qu'il pouvait s'en sortir indemne... N'est-ce pas ?

    * * *

    La chasse venait de débuter. C'était le moment ou jamais d'utiliser ce laps de temps comme distraction contre les pseudo-militaires. D'un bond rapide, la jeune femme sauta au-dessus de la grille. Évidemment, deux hommes armés furent à proximité et commencèrent à la canarder avec entrain. Sortant machinalement ses armes, elle riposta à son tour. L'une de ses balles explosa le crâne de l'un d'eux, laissant sa cervelle s'écraser dans la neige à moitié fondue. Tandis que l'autre se cacha derrière un mur du bâtiment sur sa droite, cela ne l'empêchera nullement de le débusquer. Kali patienta jusqu'au moment où le soldat sorti légèrement de son abri pour la mitrailler, seulement ayant l'œil plus aguerri, elle visa droit dans le globe oculaire gauche de l'individu.

    Le silence. Même si d'autres milices ne tardaient certainement pas à rappliquer, la jeune femme se dirigea droit sur le bâtiment. Elle se devait de libérer les pauvres victimes de l'oppresseur qu'était devenue l'Ombre. Aussi discrètement que possible, elle pénétra dans la bâtisse, puis longea les corridors, suivant le bruit des hurlements. Les cris stridents devenaient bientôt assourdissants. Le regard de la femme se posa sur les traînées sanglantes qui jonchaient le sol et les murs. C'était un véritable bain de sang. Elle continua son cheminement jusqu'à ce qu'elle vît une énorme créature au bout du couloir prête à broyer un jeune homme.

    Aussi vive que précédemment, Kali braqua son arme sur le monstre visant directement sa tête. Quand la balle atteignit la créature, cette dernière implosa dans une giclée de sang qui vint éclabousser le jeune homme toujours sous le choc. Elle s'approcha alors de lui, voulant s'assurer qu'il n'était pas blessé.

    – Hey toi ! Ça va ? Rien de casser ?

    Effrayé par le son de cette voix inconnu, Duncan sursauta violemment, reprenant ainsi pied dans la réalité. Une femme vêtue de cuir lui faisait face, le teint pâle dont les yeux bleus brillaient d'une colère flamboyante, le mit mal à l'aise.

    – Ça... ça va, bégaya-t-il lamentablement.

    Julian qui se redressa difficilement dut se retenir au mur pour garder son équilibre.

    – J'ai vraiment cru que ça allait fonctionner.

    Quand il croisa le regard de la jeune femme, il se pétrifia instantanément.

    – Qui êtes-vous ?

    – Je viens briser vos chaînes, dit-elle placidement. Cela fait quelque temps que je chasse ses militaires qui prennent les humains comme du bétail. J'ai dans l'idée qu'ils connaissent le responsable.

    Julian fronça des sourcils d'un air sceptique. Après tout, pouvaient-ils se fier à une parfaite inconnue tout droit sortie d'un film de science-fiction, vu son accoutrement ? Mais après tout, elle venait d'éliminer un de ces monstres, cela devait lui laisser le bénéfice du doute.

    – Vous parlez de l'Ombre ?

    – Oui.

    Elle arriva à la hauteur de Julian puis lui dit d'une voix toujours aussi éteinte :

    – Ce n'est pas parce que ces monstres ne pourchassent plus ceux qui n'ont pas peur de mourir que vous devenez un bouclier pour les protéger.

    Elle continua son chemin, comme-ci ce qu'elle venait de dire n'avait aucun impact sur lui. Comment pouvait-elle être au courant ? Il eut l'impression qu'elle avait lu dans ses pensées. Julian se dirigea droit sur Duncan qui était toujours dans un état second.

    – Tu vas bien ? Tu es sûr ?

    – Oui. Ça va, je vais me reprendre.

    La voix de la femme retentit jusqu'à eux.

    – Dépêchez-vous de me suivre. D'autres créatures arrivent !


    Il ne fallut pas plus de temps aux deux hommes pour emboîter le pas à la nouvelle arrivante. Duncan se sentit brusquement inutile, pire que cela, il était devenu un poids mort. Julian savait être courageux pour se débarrasser de ces monstres, tandis que cette femme se battait comme une guerrière et lui n'avait même pas était fichu de sauver une petite fille. Il avait été seulement capable de fuir et de ne penser qu'à lui. Pourtant malgré sa honte, il suivait cette femme, cette protectrice venue de je ne sais où ! Pourrait-il un jour se débarrasser de sa peur pour devenir lui aussi un combattant redoutable au lieu d'être l'éternel fuyard ?

    * * *

    Varek était hors de lui. Comment cette femme avait-elle réussi à pénétrer dans l'enceinte ? De plus, elle avait tué deux de ses hommes ! Il était clair qu'elle allait finir par ressortir, il avait dépêché plusieurs hommes aux diverses sorties. Ils n'auraient plus qu'ainsi à la cueillir et l'achever.
    C'était la première fois qu'on venait le défier sur son territoire depuis que cette curieuse chasse avait débuté. Cela serait certainement la dernière, il comptait bien faire d'elle un parfait exemple. Muni d'un talkie-walkie, il donnait ses instructions pour mener à bien sa mission. S'il n'arrêtait pas cette conne, il allait mourir et cela il en était hors de question. Il appuya alors sur le bouton de transmission avant d'aboyer un nouvel ordre à ses unités.

    – Si les détenus sortent, tuez-les tous sans exception.

    Après tout, il pouvait aisément retrouver d'autres paumés dans le coin. Cela serait certainement plus difficile, mais pas impossible. Varek avait toujours aimé relever des défis, celui-ci n'était qu'un de plus sur son chemin.
    Soudain, des tirs retentirent à l'arrière du bâtiment, une salve ininterrompue venait brouiller l'accalmie ambiante. Puis, ce fut des cris stridents qui éclatèrent, quand enfin le silence s'abattit à nouveau. Aussi tôt, Varek appuya sur le bouton de son Talkie-walkie.

    – Unité 2, répondez !

    Aucune réponse. Il réitéra l'opération, mais ce fut toujours le silence. Merde ! Ses hommes avaient dû croiser le chemin d'une créature... L'immunité ne tenait qu'à l'extérieur du bâtiment, normalement. Alors pourquoi subitement, ces sales bestioles attaquaient-elles ? L'Ombre avait dû décider de ne plus faire de différence.
    La porte en face d'eux s'ouvrit avec fracas. C'est alors que la femme tenta de tuer les soldats à proximité. Certains reçurent des balles directement dans le crâne, elle était vraiment rapide ! Ils ne pouvaient faire autrement que de se mettre à l'abri. C'est à cet instant que Varek s'enfuyait déjà vers son bureau pour récupérer des armes et quitter ce lieu de malheur.

    * * *

    Cette femme était vraiment redoutable. Elle venait de tuer une unité à elle seule. Occupée à recharger ses armes, elle fixait toujours les ténèbres, guettant le moindre bruit suspect. Julian, Duncan et deux femmes étaient postés derrière elle, restant à l'abri d'une future menace.

    – C'est bon, lança Kali. Est-ce que quelqu'un sait où se trouve le chef et les armes ?

    Julian se redressa pour se diriger vers elle, impatient de pouvoir se venger de leurs tortionnaires. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas éprouvé tant de haine, il ne désirait qu'à cet instant pouvoir assouvir sa vengeance.

    – Je pense que l'armurerie se trouve sur la droite. Ils n'arrêtaient pas de faire des allers-retours. Si leur chef s'est enfui, il doit s'être cloîtré dans son bureau. C'est le bâtiment de l'autre côté à gauche.

    Kali qui observait toujours les alentours pour se repérer au milieu de ce grand site, qui devait être à l'origine d'anciennes usines, cherchait le meilleur parcours. Après un rapide calcul, il n'y avait pas diverses solutions.

    – Très bien. Je vais aller l'achever ! Allez récupérer des armes ou même des vivres si vous en trouvez.

    Julian hocha la tête, puis fit signe aux seuls rescapés de cet Enfer de le suivre. Duncan supportait le poids de sa camarade, une jeune fille blonde qui avait été blessée à la jambe durant leur fuite, tentèrent de se diriger vers l'armurerie.
    Elle s'appelait Megane. Elle devait certainement avoir le même âge que lui. Peu importe, il désirait simplement venir en aide à quelqu'un, devenir un homme plus courageux. Son regard dévia vers Lise, la mère de Jessie. Elle était encore sous le choc de la disparition de sa fille, après tout qui pourrait lui en tenir rigueur ? Certainement pas lui... Il n'avait pas su sauver la petite, il avait seulement réussi à fuir pour sauver sa peau. Alors, il s'accrochait à la jeune fille, inconsciente que c'était elle qui maintenait le cap dans la bonne direction. Elle était sa bonne action, son retour sur le droit chemin.
    Arrivé devant la bâtisse, Duncan aida la jeune femme à s'asseoir contre le mur. Julian quant à lui entraîna doucement Lise contre la paroi pour qu'elle reste à couvert. Le quadragénaire se dirigea vers la porte qui était, sans grandes surprises, fermement close.

    - Merde ! jura-t-il tout haut.

    La jeune femme blonde releva ses yeux vers lui, arquant un sourcil.

    – Aide-moi, lança-t-elle à Duncan.

    Malgré les questions qui lui venaient à l'esprit, il tendit la main dans sa direction et la tira de toutes ses forces. Megane poussa un grognement de douleur, mais arriva à se maintenir sur sa jambe valide. Elle clopina jusqu'à la porte, puis fouilla dans la poche arrière de son jeans troué. Elle en ressortit des crochets très particuliers, puis qu'il s'agissait de « pick hook » : des crochets qui permettaient d'aligner les goupilles d'une serrure un peu récalcitrante. Julian fronça également les sourcils, signifiant clairement qu'il connaissait l'astuce. Même si Megane remarqua leurs regards, elle n'y prêta pas attention. Elle se concentra sur sa tâche, tentant d'ouvrir la porte.
    Au bout d'une trentaine de secondes, la serrure céda. Julian s'avança vers la porte et posa sa main sur l'épaule de la jeune fille pour la remercier. Duncan entraîna Lise dans son sillage, puis ils pénétrèrent à l'intérieur du nouveau bâtiment.

    Le lieu était totalement encombré d'armes diverses. Les pseudo-militaires avaient dû piller plusieurs armureries et personnes pour avoir tout ce stock. Ils entreprirent de choisir les meilleures armes, ainsi que diverses munitions. Julian récupéra des grenades incapacitantes. Du coin de l'œil, Duncan remarqua son vieil ami : son colt python noir. Il s'en saisit promptement, le poids de son arme le rassura. Comme-ci, il s'agissait d'un vieux doudou qui venait le réconforter la nuit. Il en profita également pour récupérer des munitions 357 magnums à ogive en pointe creuse, très efficace à longue distance.

    - Tout le monde arrive à utiliser une arme ? demande Julian.

    Tout le monde acquiesça, sauf Lise qui était totalement dans un autre monde. Duncan s'interrogeait : comment ces trois personnages pouvaient-ils savoir manier une arme ? D'après l'allure de Julian, il devait certainement travailler dans les forces de l'ordre. Il ne lui avait jamais demandé, tandis que Megane, sa prouesse pour ouvrir des portes devait flirter dans de sombres affaires. Est-ce que cela importait vraiment ? Le monde n'était plus que chaos... Toute aide était la bienvenue.

    – Très bien, murmura Julian. Il est temps pour nous de fuir cet enfer ! Essayons de récupérer un véhicule.

    * * *

    Kali se dirigea à pas feutré vers le bâtiment du chef de gang. Depuis le début de cette étrange invasion, elle avait mis un point d'honneur à éliminer ces camps d'extinction. Aucun être au monde n'avait le droit de vie ou de mort sur autrui. Mais avant de tuer ce barbare, elle devait apprendre l'identité de cette fameuse « Ombre ». C'est pour cela qu'elle cherchait sans cesse la réponse auprès des représentants de ces camps.
    La jeune femme se posta contre le mur pour se protéger d'éventuels assaillants. Elle tendit sa main en direction de la poignée, puis la tourna lentement, soudainement une rafale de balles traversa la porte. Elle se plaqua au sol pour esquiver le flot qui ne se tarissait pas. Elle allait devoir être rapide et précise. Brusquement, elle effectua une roulade pour aussi tôt se mettre à l'abri derrière une paroi de brique. Elle braqua ses armes vers le tireur, puis riposta promptement. De son œil aguerri, elle visa la jambe de l'homme, un cri de douleur vint confirmer qu'elle avait atteint sa cible. Les rafales de balles s'arrêtèrent, seul le souffle rauque de son agresseur se fit entendre dans la salle.

    Kali se dirigea vers l'homme qui avait les mains maintenues au-dessus de sa plaie à la cuisse. La sueur ruisselait sur son visage qui affichait un masque de douleur. « Tant mieux » se dit-elle. C'était la moindre des choses pour ce qu'il avait fait subir à ces pauvres gens. Elle fixait d'un regard glacial, braquant toujours ses armes sur lieu, prête à riposter au moindre geste.

    - Où se trouve l'Ombre ? demanda-t-elle promptement sans vouloir connaître davantage ses raisons.

    Malgré la douleur, Varek releva son visage vers la femme en cuir. Ses yeux bruns reflétaient toute la haine qu'il éprouvait pour elle à cet instant.

    – Même si je le savais, pourquoi te le dirais-je ?

    – Si tu tiens réellement à la vie, tu le feras, lui répondit-elle en ricanant.

    « Putain, le pire c'est qu'elle a raison », pensa-t-il. Il ferrait n'importe quoi pour survivre dans ce monde qui avait sombré dans les ténèbres d'un seul homme. Le problème était qu'il ne connaissait pas son identité ni sa position. Il n'en avait qu'une vague idée.

    – Il brouille les pistes. La seule chose que je sache, c'est l'endroit où sont réceptionnées les annonces. Il y a une tour de réception radio à quelques kilomètres d'ici. Peut-être que sur place, tu pourras savoir d'où proviennent les annonces.

    – Très bien, alors tu vas m'y emmener.

    Kali se pencha vers lui, mettant toute la haine qu'elle pouvait dans sa voix en lui murmurant :

    – Mais si tu tentes quoi que ce soit, je te tue. Sache que je prendrai tout mon temps pour le faire, la mort sera une juste récompense.

    Varek savait qu'elle ne plaisantait nullement. Il ferait mieux de lui obéir et attendre la meilleure occasion pour s'enfuir. Parfois, il fallait savoir reconnaître sa défaite.
    Kali lui laissa le temps de panser sa blessure. Heureusement, la balle avait traversé sans faire de réels dégâts. Quand il fut plus ou moins soigné, il se remit debout avec quelques difficultés, clopinant vers la sortie sans armes ni protections, à part la présence de cette femme.

    Une fois à l'air libre, Kali remarqua le Humvee dont le moteur ronronnait dans la nuit glaciale. Julian était au volant, il lui faisait signe de grimper à l'arrière. Quand son regard se porta sur Varek, il descendit brusquement braquant son arme sur le pseudo-militaire.

    – Qu'est-ce qu'il fout encore en vie ?! pesta-t-il.

    – Il va nous aider à retrouver « L'Ombre », lui répondit calmement Kali.

    Nullement satisfait de cette réponse, son arme était toujours pointée sur l'homme.

    – Pourquoi vouloir le chercher ? Le mieux de tout, c'est de fuir.

    – Fuir ? Pour aller où ? Ce taré a mis mainte basse sur quasiment tout le continent. La meilleure solution, c'est de le retrouver et l'éliminer.

    – À quoi cela t'avance-t-il ? Pourquoi toi ?

    – Il faut bien que quelqu'un se dévoue. Je n'ai pas l'âme d'un quelconque héros, mais il faut bien tenter quelque chose. S'il n'y a plus d'espoir, que nous reste-t-il ?

    Étrangement, les mots de la jeune femme le touchèrent au plus profond de lui-même. L'espoir. Lui-même n'y croyait plus depuis plusieurs jours, pourtant cette femme en était convaincue. Il était encore possible de rebâtir la civilisation qu'ils avaient connue autrefois. Alors, il baissa son arme. Julian prit le risque de faire confiance à cette étrangère qui espérait à des jours meilleurs.

    – Très bien, si c'est ce que tu désires. Je t'aiderai au mieux.

    Brusquement, un hurlement strident vint briser le silence de la nuit, le sol se mit à vibrer dangereusement. C'était comme un tremblement de terre qui venait confirmer que la fin du monde était proche. Varek semblait pâlir à vue d'œil face à ce nouveau hurlement.

    - Qu'est-ce que c'est ? lui demanda Julian.

    Il eut de la difficulté à déglutir avant de lui répondre d'une voix angoissée.

    – L'exterminateur.

     

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