• II. La fin

    Je me souvenais que dans le passé, on me disait toujours que j'étais une personne courageuse. Très peu de gens auraient eu le cran d'endurer ce mal qui m'avait rongé de l'intérieur, la majeure partie de ma vie. Avais-je seulement eu le choix ? Non, j'avais subi la situation. Tentant de maîtriser une chose qui était pourtant indomptable. Un monstre qui me dévorait de l'intérieur chaque minute.
    Cependant, aujourd'hui j'avais le pouvoir ! Le contrôle de ma vie, je pouvais décider du chemin à prendre.
    Un troisième pas venait affirmer ma conviction, essayant d'aller jusqu'au bout des choses. Cette pensée me ragaillardit, trouvant une nouvelle bouffée d'oxygène pour affronter le reste de la distance. Chaque nouveau pas se fit plus déterminé que le précédent, une force que je ne me soupçonnais pas vint pourtant donner un nouveau souffle de vie à mon corps. Des larmes de joie commencèrent à perler sur mes joues livides, le bonheur de toucher au but était si enivrant !
    J'allais pouvoir laisser derrière moi les souffrances de mon quotidien si étouffant. Une nouvelle chance s'offrait à moi. Je n'étais plus capable de la laisser s'échapper, je comptais bien l'agripper de toute mon âme. Chaque pas me rapprochait de mon but, de ma sortie.

    Quand enfin, ma main atteignit le rebord de la fenêtre, je poussai un cri de joie. Je m'en moquais si l'on m'entendait. Je n'avais plus rien à perdre désormais.
    Ma seconde main parvint à s'accrocher tout aussi rapidement à ce rebord, le seul rempart était cette fenêtre fermée. Avec un empressement que je ne contrôlais plus, je l'ouvris. Un courant d'air frais vint ébouriffer le peu de cheveux qui me restaient sur le crâne. Bien que la vigueur dans mes bras s'amenuisait de plus en plus, je fis le dernier effort vers cette douce lumière. J'enjambai machinalement le rebord de la fenêtre, quand soudainement mon cœur sembla s'emballer de nouveau. Comme une cavalcade qui traversait une ville assiégée, mon cœur était piégé pour de bon. Les vertiges me reprirent avec plus de violence que précédemment, puis s'ensuivit un « bip » sonore et puissant. Non ! Je ne voulais pas qu'ils me reprennent ! Je ne voulais plus souffrir ! J'étais si près de mon but que je ne pouvais tout simplement plus abandonnée. C'est avec un désespoir décuplé par cet horrible son, que je me jetais de la fenêtre. La hauteur était immense, mais je n'avais pas peur. La chute me permit de déplier mes ailes vers cette douce libération. A l'instant où j'atterrissais au fond des ténèbres, je sus que j'avais gagné. J'étais libre ! Je ne ressentais ni la douleur ni la réalité. Tout était diffus, les sensations qui s'accrochaient à moi n'étaient plus que spirituelles. Le bonheur et l'amour.

    Pourtant, de ce côté je pouvais encore apercevoir la haute bâtisse grisâtre qui me dominait de toute sa hauteur. Bien que mon âme se trouvait désormais dans les limbes, je l'apercevais toujours comme un lieu de torture pour le corps que j'avais abandonné. Etait-il toujours en train de souffrir ? Quels sévices subissait-il en ce moment même ? L'hôpital où je venais de passer plusieurs semaines avait eu raison de mon corps, mais non de mon âme. Je l'observais avec curiosité. Finalement, nous n'avions jamais pu nous comprendre. Ce bâtiment sinistre à mes yeux abritait des âmes retenues prisonnières contre leur gré. Les médecins et infirmières n'étaient que les justiciers d'un démon cruel qui nous enchaînait à une vie qui n'était plus la nôtre. J'avais pris ma décision et je ne le regrettais pas. Mes parents seraient-ils compréhensifs ? Je venais de les abandonner dans cette pièce. Je pouvais encore les entendre en ce moment même. Tout ce que je souhaitais désormais, c'est qu'ils me pardonnent de les avoir abandonnés ainsi. J'aurais aimé leur dire l'amour que je leur portais, mais cela était impossible dorénavant. Soudainement, mon esprit s'effaça pour se retrouver dans la chambre que je venais de quitter. Mais, ma vision était différente. Je voyais désormais sous un autre angle, le combat acharné que mes « anciens bourreaux » étaient occupés à mener, sans l'once d'une victoire pour eux.

     

     

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