• Le bus de l'étrange

    Il y a quelque temps, j’ai entendu une histoire qui m’a fortement surprise sur un homme qui ressemblait à tout un chacun, mais dont le comportement à une certaine heure était des plus étranges. Ce récit me fait encore aujourd’hui poser quelques questions sur ce que l’homme est prêt à faire ou ne pas faire pour échapper à la triste vérité de sa condition humaine. Je vais donc vous en faire le récit et vous me direz si vous aussi, vous serez capable d’en faire tout autant que cet homme, qui pour ma part est tout à fait honorable tant son acte relève du courage.
                    C’est un chauffeur de bus qui me l’a conté, car il était fort surpris de voir un tel individu se comporter aussi étrangement au sein des citoyens de cette ville. C’était un homme d’une allure fort respectable, toujours vêtu d’un costume impeccable sans aucun pli ni poussière et des chaussures si bien cirées qu’on pouvait voir notre visage se refléter sur le cuir poli. Des cheveux auburn coupés assez courts, des yeux bleus qui brillaient toujours d’un éclat de jovialité, un homme très heureux disait-on et qui aimait aider ses proches. Il devait travail dans le domaine commercial, mais le chauffeur de bus n’en savait pas plus que les autres. Il était donc très à l’écoute de ses collègues et amis, il aimait plaisanter sur n’importe quel sujet et redonnait un peu de baume au cœur à celui qui en avait besoin. Que pouvait-il donc bien y avoir chez homme qui avait troublé tous les usagers de ce bus, ainsi que les employés ? 


                    Dès que cet homme avait terminé sa journée de dur labeur, il se rendait donc à l’arrêt de bus en face de son bureau. Le sourire aux lèvres et une certaine satisfaction personnelle pour avoir mené à bien ses tâches quotidiennes. Il s’apprêtait donc à rentrer chez lui, retrouver certainement sa femme, ses enfants ou bien vivait-il seul ? Aucune idée. Quand le bus se stoppa à l’arrêt, il monta prestement avec un « bonsoir » poli destiné au chauffeur et comme toujours il se dirigea machinalement vers le fond du bus, puis *s’installa pour ne plus bouger du tout. Le trajet de cette ligne devait durer environ vingt minutes, pourtant au terminus cet homme ne bougeait pas et restait assis sans esquisser le moindre mouvement. Il fixait toujours un point invisible que lui seul pouvait finalement voir. Le bus partait toujours en sens inverse et lui restait toujours assis à la même place à attendre quelque chose qui ne venait jamais. Au bout de deux fois de ce jeu, le chauffeur décida d’aller lui parler pour comprendre ce qu’il se passait ou s’assurer que l’homme n’était pas malade. Il tenta à maintes reprises de discuter, mais n’obtient en retour que l’écho de sa propre voix.
    – Est-ce que vous allez bien, Monsieur ?
    Le silence pesant s’allongeait toujours de plus en plus, rendant le pauvre chauffeur de bus mal à l’aise face à cet homme étrange. Comme il n’obtient aucune réponse en retour, il alla chercher les hommes de « prévention », même des contrôleurs, mais rien n’y faisait, l’homme ne bougeait pas plus pour autant et ne répondait toujours pas aux questions que tout ce petit monde lui posait sans cesse. Désemparés par ce comportement, certains d’entre eux pensaient que la meilleure solution c’était d’appeler la police ou même une ambulance. La chose qui fut retenue se porta donc sur la police. Quand ces derniers arrivèrent sur place, le bureaucrate ne bougeait toujours pas et ne répondait pas aux agents des forces de l’ordre. Que pouvaient-ils donc faire ? Ils ne pouvaient pas l’arrêter pour si peu ? Il n’avait pas l’air malade ni dangereux après tout… Peut-être devrait-il voir un psychiatre ? Un tel comportement n’était vraiment pas normal après tout ! Qui de nos jours se comportait ainsi, sinon qu’un fou ? C’est au moment où la police voulut l’amener vers leur véhicule que l’homme s’exprima enfin en murmurant ces quelques mots :
    – Non, je préfère rester ici.
    Les agents étaient abasourdis par cette réponse qu’il n’attendait plus. Le bus s’apprêtait à partir de nouveau quand l’homme se dépêcha pour remonter à l’intérieur et retourner à sa place. Le chauffeur voulait stopper de nouveau, mais les agents de police grimpèrent pour garder l’étrange individu à l’œil. Une fois, puis une deuxième fois, l’homme restait toujours à sa place sans bouger, sans parler, le regard dans le vague. Au bout de la troisième fois, l’homme regarda enfin sa montre, se leva et sortit enfin du bus pour rentrer chez lui comme-ci rien ne s’était produit. Le chauffeur se souvint d’avoir regardé sa montre et l’heure qui s’affichait indiquait « 19 h »


                    Le lendemain matin, l’homme était face aux bureaux de son emploi prêt à travailler d’arrache-pied ! C’est ce qu’il fait comme tous les jours de la semaine. Quand l’heure de partir arriva, il prit son attaché-case et sortit avec sa jovialité qui lui sied à merveille. Il s’arrêta une nouvelle fois face à l’arrêt de bus, grimpa et s’installa à sa place habituelle. Comme la veille, il recommença le cycle : de ne plus bouger, de parler ou de faire quoi que ce soit d’autre. Au fil de la semaine, il était connu de tous les chauffeurs de bus, des usagers habituels ou des employés de la ligne. Plus personne ne s’étonnait guère de le voir assis au fond du bus pendant des heures sans but précis, au point de devenir complètement invisible et en marge de la société qui lui devait tant !
    Il disparut ainsi sans raison, sans laisser la moindre trace de lui, sans vie. Il n’avait été qu’un petit paragraphe dans l’histoire du monde. Après tout, qu’est-ce qu’un pauvre employé de bureau, pouvait-il bien changé dans l’ordre de l’univers ? Certaines rumeurs couraient, qu’aux alentours de 16 h à 19 h, il y avait un homme qui hantait le bus de la ligne 3, sans but ni raison. Quel serez votre avis sur la question ? Qu’est-ce qui poussait cet homme à accomplir cette manie quotidienne ?
                    Cette histoire me fait prendre conscience que personne n’est capable de rester plusieurs heures à ne rien faire. L’homme est incapable aujourd’hui de laisser son esprit vagabonder sans but. Il a besoin de s’occuper, se divertir pour éviter de penser à soi-même. Blaise Pascal avait déjà soulevé la question des divertissements dans « les pensées ». Toute personne a ce besoin de faire quelque chose même si cela ne lui apporte rien à sa vie, à sa nécessité propre. Cet homme avait compris que ce n’était pas néfaste de rester à ne rien faire, que bien au contraire il s’agissait pour lui d’une nécessité pour se ressourcer et combattre le quotidien. Chaque individu devrait peut-être essayer cette solution, rechercher la réponse en soi pour mieux affronter les aléas de la vie.

     

     

     

     

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    Texte écrit lors de mon cours de Littérature comparée, où nous étudions des nouvelles de ce type. ( J'ai adoré lire "Le manteau" de Gogol, un écrivain que j'adore depuis que j'ai lu "Les âmes mortes". Je vous parle de celui-ci mais "Bartlelby le Scribe" de Melville est pas mal non plus ;) )

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