• Prologue

     

     
    3h23, Hôpital Psychiatrique de Salt Lake City
     
     
     

    Tic Tac. Tic Tac. L'immense horloge du hall d'entrée est la seule constante de ce lieu en dehors du temps. Habituellement, les patients ne se soucient guère du temps qui s'écoule comme un avertissement décomptant les jours vers la mort. Quelqu'un l'a-t-il seulement écouté ? Elle est un signe incontestable pourtant... Si l'horloge s'arrête, sonnerait-elle alors le glas de la vie ?
    Un peu plus loin, un néon s'éteint par intermittence dans le couloir adjacent du hall, accentuant le côté irréel de la situation de l'établissement. Les hôpitaux psychiatriques paraissent toujours lugubres pour ceux qui n'y vivent pas. La psyché humaine peut déformer la réalité comme bon lui semble. Mais au point d'annihiler toute vie dans un milieu, où le bruit fait partie de son cœur ? Est-ce qu'il y a encore seulement une âme qui vive ici ? Les pas du personnel médical ne résonnent plus sur le linoléum, alors qu'il doit normalement effectuer sa ronde. Aucun cri d'un aliéné emprisonné dans une cellule capitonnée, aucun gémissement d'aucune sorte. Le silence absolu.
    Le néon grésille une dernière fois comme un dernier soupir, puis les ténèbres envahissent définitivement les lieux. Malgré le manque de luminosité, vous pouvez distinguer au bout du couloir une tache luisante qui brille au clair de lune. Nul besoin d'être très imaginatif pour déterminer son origine. Du sang. Comme un jeu de piste macabre, il suffit de suivre les taches sombres et brillantes dans la semi-obscurité.

    A cet instant, l'instinct prend le dessus sur votre corps, vous incitant à rester sur vos gardes. Chaque ombre, chaque mouvement est potentiellement dangereux. Mais l'esprit humain a également besoin de rationalité, ce besoin de comprendre pourquoi les choses déraillent dans notre monde. Alors, il est inconcevable de ne pas découvrir l'origine de ce phénomène.
    Les portes du couloir sont grandes ouvertes. Quelqu'un cherchait-il à fuir un ennemi ? Les traînées de sang sont plus prononcées...puis vient l'origine. Des traces de pas sanguinolentes, une personne qui a marché dans une flaque visqueuse, puis un cadavre se trouve avachi contre le mur de droite, sans tête. Si votre esprit tente toujours d'assimiler les informations, vos yeux cherchent machinalement la tête qui a roulé à quelques mètres du corps. Une tête qui ne possède plus ses yeux, juste des orbites vides. La mort dans toute sa splendeur.
    Suivant toujours la piste, vous tournez inévitablement à gauche, suivant la longue ligne rouge carmin. Un corps a certainement été traîné dans ce labyrinthe. Des griffures parcheminent à divers endroits les murs crépis de l'établissement. A la prochaine intersection, vous découvrez une jambe perdue au milieu du couloir gauche. La chair a été déchiquetée à certains endroits, laissant entrevoir l'os. Son propriétaire se trouve à deux pas, du moins ce qu'il en reste. Vous pouvez juste distinguer un amas de chair sanglante. Rien ne peut dire qu'il s'agissait d'un être humain auparavant. La question se pose inévitablement : Quelle chose a osé faire un tel carnage ?

    Le sol et les murs sont recouverts de sang, dégoulinant parfois même du plafond. Plus vous osez avancer dans ce couloir, plus vous découvrez des monceaux de cadavres. L'odeur devient alors insoutenable, la mort fétide de ces pauvres âmes vous donne l'irrépressible envie de vomir. Diable ! Pourquoi continuer ? La curiosité tout simplement.
    A la fin du parcours, vous découvrez les cellules d'isolement des aliénés. Un bref coup d'œil à travers un judas, vous informe qu'ils sont tous morts. Démembrés, déchiquetés... Il ne reste rien. Une seule cellule se trouve grande ouverte... Il faut maintenant faire preuve de courage pour continuer. C'est d'un pas hésitant, peut-être même chancelant que vous continuez d'avancer. A chaque nouveau mètre franchit, vous commencez à distinguer une présence au milieu de la pièce. Encore un pas. C'est un être humain. Êtes-vous sûr ? Pourquoi serait-il le seul être vivant ici-bas ? Un nouveau pas. Vous arrivez désormais au pas de la porte. Il s'agit bien d'un homme. Il semble en état de choc. Des murmures s'échappent en continu de ses lèvres. Mais vous n'arrivez pas à comprendre son contenu. Il est accroupi et se balance d'avant en arrière en gémissant sa litanie. Prudemment, vous avancez encore. Il a certainement besoin d'aide ! Alors, l'âme compatissante que vous êtes a envie de l'aider pour sortir de cette morgue. Mais à cet instant vous comprenez très bien ses mots. Les mots qu'il répète inlassablement sans se fatiguer : " Les ténèbres nous dévorent"..."Les ténèbres nous dévorent".
    La peur se décuple sans raison, elle se manifeste encore plus à présent. Vous avez juste l'irrépressible envie de déguerpir de ce lieu infernal, tout de suite !

    "Les ténèbres nous dévorent". Vous rebroussez chemin sur le jeu de piste sanglant laissé par le monstre de vos cauchemars.

    Tandis qu'au loin, dans le hall de l'hôpital psychiatrique, la pendule continue sa douce mélopée. "Tic Tac. Tic Tac". Pourtant, sans raison apparente rien ne vient troubler ces lieux, seule votre présence n'est pas requise. La pendule se fige. Le glas vient de frapper. Des griffes énormes viennent vous faucher dans votre élan. Vous aurez beau hurler de toutes vos forces, personne ne viendra vous aider. Une explosion sanglante surgit, membres et viscères traînent parmi d'autres morceaux de cadavres. L'énorme cadran affiche désormais l'heure de votre mort... 3h41.

     

    "Les ténèbres vous dévorent"

    « Megane »
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