• Prologue

    La nuit avait déjà enveloppé le soleil de son manteau ténébreux, plongeant les rues dans la douce noirceur. Seules les lumières artificielles venaient traverser avec difficulté cette sombre épaisseur, faisant naître sur la surface des bâtiments des ombres menaçantes, nourrissant sans cesse l’esprit des hommes par une peur immuable. Qui n’était pas inquiet dès que la lumière commençait à décroitre ?

    Une boule se forma dans le creux de l’estomac d’une jeune femme qui venait de quitter un club pour rentrer chez elle. Cette peur, elle la ressentait autour d'elle, une sensation d’être épiée par un inconnu au détour d’une ruelle. Ses talons claquaient sur les pavés, Elle pressa le pas, la peur gouvernant le moindre de ses mouvements, la rendant ainsi de plus en plus vivante. Cette peur était devenue un être humain à part entière. La jeune femme aperçut enfin son immeuble à quelques mètres d’elle, un soupir de soulagement s’échappa lentement entre ses lèvres. Elle était bientôt en sécurité, rien ne lui arriverait ce soir ! Avec tout ce qu’elle avait entendu ces derniers jours, ces morts inexpliquées en pleine nuit avaient fait croître son angoisse plus que de raison. Elle ralentit automatiquement croyant qu’elle était à l’abri, mais soudain quelque chose qui lui frôla la main… Elle se retourna brusquement pour essayer de comprendre qui venait de la toucher, mais seules les ténèbres l’entouraient avec un silence peu naturel. Son cœur martela sa poitrine avec une fureur déraisonnable, la jeune femme se mit à courir en direction de la porte de l’immeuble, priant que ce ne fût que son esprit qui lui jouait un mauvais tour.

    C’est alors que son regard fut attiré par un étrange phénomène. Une ombre se mouvait sans raison, se transformant en une fumée brumeuse, sombre et qui prit la forme d’un homme à la carrure imposante. L’obscure apparition semblait se moquer d’elle, on ne distinguait aucun visage ni la moindre parcelle de peau. Il n’était fait que de brume ou d’ombres... La seule chose que l’on pouvait apercevoir était la couleur rouge irradiant de ses prunelles. Ses yeux étaient la promesse de perversité et de douleur à venir. Brusquement, la créature s'élança à une vitesse inhumaine, elle percuta la jeune femme violemment, mais la jeune femme ne sentit aucune onde de choc. Seulement un froid intense qui lui parcourut le corps, l’empêchant de respirer normalement ou d’esquisser le moindre mouvement. La peur était décuplée, une peur qui se liait petit à petit et inexorablement à la mort. Elle voulut crier mais aucun son ne sortit de sa gorge, ses poumons ne se gonflaient plus d’air, quelque chose à l’intérieur l’empêchait de reprendre son souffle. La créature réapparut devant ses yeux larmoyants, la jeune femme était toujours incapable de faire le moindre geste.

    A cet instant, le voile brumeux disparut, révélant l’homme qui s’y cachait. Il était vêtu de noir, un masque lui camouflait le bas du visage, ses cheveux étaient courts et d’un noir de jais. Seuls ses yeux rougeoyants attiraient le regard tant la couleur contrastait avec le reste. La peur tenaillait le ventre de la femme, elle était prise au piège, sans espoir de survivre.

    La sinistre créature se jeta violemment contre elle, son crâne frappa avec force le bitume. Un liquide chaud et visqueux coula le long de sa nuque, sa vue se brouilla de plus en plus, distinguant à peine les alentours. Le monde qui l’entourait tangua dangereusement, un début de nausée venait de naître au creux de son estomac, mais cela n’empêcha aucunement la créature de continuer ses coups violents. Son crâne explosa petit à petit en morceaux, les matières visqueuses coulèrent lentement à côté du corps inerte. Le monstre impassible regarda le sang qui maculait ses gants de cuir. Sous son masque, ses lèvres s’étirèrent en un sourire de contentement.

    Délicatement, il posa une main sur le front de la jeune femme, qui fut jadis une jolie blonde. Seuls ses yeux démoniaques purent discerner le phénomène qui s’en suivit : l’âme de sa victime quittait son corps. Elle fut alors retenue par cette créature. Il en avait besoin, un besoin primal qui lui permettait de survivre dans ce monde, c’était son ambroisie pour conserver son immortalité. Au fur et à mesure, sa main se mit à luire d’une étrange lueur, un fil invisible qui liait sa victime à son corps. De son autre main, il retira son masque, laissaint apparaître un visage banal. Quelques secondes suffirent pour que ce visage se transformât, sa bouche s’élargissait avec des dents acérées comme des lames de rasoir, de sa langue surdimensionnée, tel un serpent vint s’enrouler autour de cette âme et l’avala purement et simplement dans un procédé qui restait inconnu aux yeux des hommes. Une nouvelle disparition dans la ville, une nouvelle mort.

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